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Chapitre 13 La main de feu

Le 4 mai Wilbold revint au château. Son premier soin fut de demander s’il s’était passé quelque chose en son absence ; mais comme il apprit que tout avait été tranquille, que ses vassaux ne s’étaient pas plaints, que les esprits n’avaient point fait tapage, il demeura convaincu que sa persistance les avait lassés et qu’il en était débarrassé à jamais. En conséquence, après avoir embrassé sa fille, et donné les ordres pour le lendemain, il alla se coucher tranquillement.

Mais à peine fut-il dans son lit, qu’il se fit dans le château et autour du château un tapage comme jamais oreilles humaines n’en avaient entendu. Autour du château, les chiens hurlaient, les chouettes piaillaient, les hiboux roucoulaient, les chats miaulaient, la foudre grondait ; au dedans du château on traînait des chaînes, on renversait des meubles, on roulait des pierres ; c’était un bruit, un vacarme, un remue-ménage, à croire que toutes les sorcières de la contrée, convoquées par le grand diable d’enfer, avaient changé le lieu ordinaire de leurs séances, et au lieu de se réunir comme d’habitude au Broken, se tenaient dans le manoir de Wittsgaw.

À minuit tout bruit cessa, et le silence le plus profond se répandit si bien, que chacun put entendre sonner les douze heures les unes après les autres. À la dernière, Wilbold, un peu rassuré, sortit la tête de dessous sa couverture et se hasarda à regarder autour de lui. Tout à coup ses cheveux se hérissèrent sur son front, une sueur glacée coula sur son visage, une main de feu sortait de la muraille en face de son lit, et du bout du doigt, comme avec une plume, traçait sur les sombres parois de la chambre les paroles suivantes :

Pour obéir au vœu de la comtesse Berthe,

Dieu, baron de Wilbold, te donnera sept jours,

Ou sinon, tu verras, artisan de ta perte,

Le manoir de Wittsgaw t’échapper pour toujours.

Puis la main disparut ; puis, l’une après l’autre, dans l’ordre où elle avait été tracée, chaque lettre s’effaça ; puis enfin, la dernière lettre éteinte, la chambre, qui un instant avait été éclairée par ce quatrain de flamme, retomba dans la plus profonde obscurité.

Le lendemain, tous les serviteurs du baron, depuis le premier jusqu’au dernier, vinrent lui demander leur congé, lui déclarant qu’ils ne voulaient plus rester dans le château.

Le comte, qui au fond du cœur avait aussi bonne envie qu’eux de le quitter, leur déclara que, ne voulant pas se séparer de si bons serviteurs, il était décidé à aller habiter un autre domaine, et à abandonner le manoir de Wittsgaw aux esprits qui paraissaient vouloir en réclamer la possession.

Le même jour, malgré les pleurs de Hilda, on quitta donc le vieux donjon pour aller habiter le château de Einsenfeld, qui venait au baron de la succession paternelle, et qui était situé à une demi-journée de celui de Wittsgaw.

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