Chapitre 14 Le chevalier Torald
Il y avait dans ce moment-là deux nouvelles qui faisaient grand bruit dans le domaine de Rosemberg ; la première, c’était le départ du baron Wilbold de Einsenfeld ; la seconde, c’était l’arrivée du chevalier Torald.
Le chevalier Torald était un beau jeune homme de vingt et un à vingt-deux ans, qui avait déjà, quoique bien jeune encore, comme on le voit, parcouru les principales cours d’Europe, où il avait acquis une grande réputation de courage et de courtoisie.
En effet, c’était un cavalier des plus accomplis, et l’on racontait sur son éducation des choses merveilleuses : on disait que, tout enfant, il avait été confié au roi des nains, qui lui-même, étant un prince très savant en toutes choses, avait juré d’en faire un seigneur accompli. Il lui avait donc appris à lire les manuscrits les plus anciens, à parler toutes les langues vivantes et même les langues mortes, à peindre, à jouer du luth, à chanter, à monter à cheval, à faire des armes et à jouter ; puis, lorsqu’il eut atteint l’âge de dix-huit ans, et que le roi son tuteur le vit arriver au point de perfection en toute chose auquel il avait désiré l’amener, il lui avait donné le fameux cheval Bucéphale, qui ne se lassait jamais ; la fameuse lame du chevalier Astolphe, qui renversait de leurs arçons tous ceux qu’elle touchait avec sa pointe de diamant ; et enfin, la fameuse épée Durandal, qui brisait comme verre les armures les plus fortes et les mieux conditionnées. Puis, à ces présents déjà fort précieux, il avait ajouté un don plus recommandable encore : c’était celui d’une bourse dans laquelle il y avait toujours vingt-cinq écus d’or.
On comprend le bruit que l’arrivée d’un si pieux chevalier fit dans la contrée ; mais presque aussitôt après avoir traversé le village de Rosemberg, monté sur son bon cheval, armé de sa bonne lance et ceint de sa bonne épée, il avait disparu, et personne n’en avait plus entendu parler.
Il va sans dire que ce mystère n’avait fait qu’augmenter dans les environs la curiosité qui s’attachait au chevalier.
On disait bien qu’on l’avait vu le soir se balancer devant le château de Wittsgaw, sur une barque qui, malgré le cours rapide du Rhin, se tenait immobile comme si elle eût été à l’ancre. On disait bien qu’on l’avait aperçu, un luth à la main sur la pointe d’un haut rocher, qui s’élevait en face des fenêtres de Hilda, et sur lequel jusque-là les faucons, les gerfauts et les aigles avaient seuls posé leurs serres. Mais tous ces récits n’étaient que de vagues rumeurs, et personne ne pouvait dire positivement avoir rencontré le chevalier Torald depuis le jour où, armé de toutes pièces et monté sur son cheval, il avait traversé le village de Rosemberg.
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