‹ La bouillie de la comtesse Berthe et autres contesChapitre 9 sur 40 · Chapitre 8 Waldemar de Rosemberg

Chapitre 8 Waldemar de Rosemberg

Le comte Waldemar n’avait point hérité de l’esprit bienveillant de ses ancêtres ; peut-être un long exil sur le sol étranger avait-il aigri son caractère ; heureusement, il avait une femme qui corrigeait, par sa douceur et par sa bonté, ce que l’esprit de son époux avait d’acerbe et de mordant ; de sorte qu’à tout prendre, les pauvres paysans, désolés par vingt-cinq ans de guerre, regardèrent comme un bonheur le retour du petit-fils du comte d’Osmond.

Il y eut plus : comme malgré l’exil, la tradition du vœu de la comtesse Berthe s’était perpétuée dans la famille, lorsque arriva le 1er mai, cette époque que les paysans, à chaque changement nouveau, attendaient avec impatience pour juger leurs nouveaux maîtres, la comtesse Wilhelmine obtint de son mari de diriger toute la fête. Et comme c’était une charmante personne, tout se passa pour le mieux, et les paysans crurent qu’ils étaient revenus à cet âge d’or du comte Osmond et de la comtesse Berthe, dont leur parlaient si souvent leurs pères.

L’année suivante, la fête eut lieu comme d’habitude, mais cette fois le comte Waldemar n’y assista point, déclarant qu’il regardait comme indigne d’un gentilhomme de s’asseoir à la même table que ses vassaux. Ce fut donc Wilhelmine seule qui fit les honneurs de la bouillie au miel, et nous devons dire que, pour être privé de la présence de l’illustre propriétaire du château, le repas n’en fut pas plus triste ; les paysans ayant déjà pu apprécier que c’était au bon cœur de la comtesse et à l’influence qu’elle avait prise sur son époux qu’ils devaient le bonheur dont ils jouissaient.

Deux ou trois ans s’écoulèrent ainsi pendant lesquels les paysans s’aperçurent de plus en plus qu’il fallait toute la pieuse bonté de Wilhelmine, pour leur adoucir sans cesse les éclats de colère de son époux. Son énergique douceur était sans cesse étendue comme un bouclier entre lui et ses vassaux ; mais, malheureusement pour eux, le ciel leur enleva bientôt leur protectrice, elle mourut en donnant le jour à un charmant petit garçon que l’on appela Hermann.

Il eût fallu avoir un cœur de pierre pour ne pas regretter cet ange du ciel, que les habitants de la terre avaient baptisé du nom de Wilhelmine ; aussi, le comte Waldemar pleura-t-il réellement pendant quelques jours la digne compagne qu’il avait perdue. Mais le cœur du comte n’était pas habitué aux sentiments tendres, et lorsque, par hasard, il en éprouvait, il ne savait pas les garder longtemps. L’oubli pousse sur les tombes encore plus vite que le gazon ; au bout de six mois, le comte Waldemar avait oublié Wilhelmine et pris une seconde femme.

Qui fut la victime de ce second mariage ? Hélas ! ce fut le pauvre petit Hermann : il était entré dans la vie par une porte tendue de deuil ; et, avant de savoir ce que c’est qu’une mère, il put sentir qu’il était orphelin. Sa marâtre, reculant devant les soins qu’il lui faudrait donner à un enfant qui n’était pas le sien, et qui, en qualité d’aîné, hériterait des biens de la famille, le remit aux mains d’une nourrice négligente, qui laissait le petit Hermann des heures entières tout seul et pleurant dans son berceau, tandis qu’elle allait courir les fêtes, les bals ou les veillées.

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