‹ La boule de neigeChapitre 14 sur 14 · Chapitre 14 Conclusion.

Chapitre 14 Conclusion.

Probablement que la lettre écrite à Festahli par son ami Moullah-Sédek ne laissait plus au premier aucune espérance pour l’union sur laquelle il avait compté ; car, une semaine après que la lettre fut parvenue à son adresse, on entendit un soir, dans les rues de Derbend, de la musique et des chants.

On conduisit la belle Kassime à la maison de son fiancé Iskander.

Tout Derbend la suivait : les cris et les acclamations fendaient l’air dans tous les sens, et, du toit de chaque maison, semblaient jaillir, comme de brillantes fusées, d’innombrables coups de fusil.

Toute la ville en feu semblait se réjouir du bonheur d’Iskander.

Iskander-Beg, en entendant ce bruit et cette musique, s’était vingt fois approché de sa porte, et, chaque fois, la coutume lui avait défendu de l’ouvrir.

Enfin, à la vingt et unième fois, comme le cortège était arrivé presque à son seuil, qu’il entrebâillait sa porte, qu’il y passait timidement la tête, un cavalier lui tendit la main en disant :

— Iskander, qu’Allah te donne tout le bonheur que je te souhaite !

Et, à l’instant, il retourna son cheval pour ne pas être pris au milieu de la foule.

Mais, en retournant son cheval, il se trouva en face d’Ioussouf, qui, naturellement, était le premier garçon de noce d’Iskander.

Ioussouf-Beg reconnut le cavalier et ne put s’empêcher de pousser un cri de terreur.

— Moullah-Nour ! s’écria-t-il.

Ce nom, comme on le comprend bien, jeta un grand trouble dans la fête.

Le cri de « Moullah-Nour ! Moullah-Nour ! » retentit de tous les côtés.

— Par ici ! par là ! attrapez-le ! tenez-le bien ! hurlaient ensemble dix mille voix.

Mais Moullah-Nour s’était élancé rapide comme l’éclair.

Tous les jeunes gens qui suivaient à cheval le cortège de la fiancée se mirent à la poursuite du bandit.

Moullah-Nour ne courait pas, il volait par les rues de Derbend, et l’on voyait seulement dans l’ombre jaillir les étincelles sous les fers de son cheval.

Mais, comme les portes de la ville étaient fermées, Moullah-Nour ne pouvait sortir.

Plusieurs coups de fusil, tirés sur lui, éclairèrent sa course, et l’on vit que cette course se dirigeait vers la mer.

Là, il allait se trouver pris entre les murailles et l’eau.

Un instant, le bandit s’arrêta : la mer était agitée. On voyait bondir les vagues et voler leur écume ; on entendait leurs mugissements.

— Il est pris ! il est à nous ! Mort à Moullah-Nour ! s’écrièrent ceux qui le poursuivaient.

Mais le fouet de Moullah-Nour siffla comme le vent, brilla comme l’éclair, et son cheval s’élança, du rocher où il s’était arrêté un instant, au milieu des vagues.

Ceux qui le poursuivaient s’arrêtèrent lorsque les flots de la mer Caspienne mouillèrent les jambes de leurs chevaux.

Ils regardèrent en mettant leurs mains sur leurs yeux et en essayant de percer l’obscurité.

— Il est perdu, noyé, mort ! s’écrièrent enfin ceux qui poursuivaient le bandit.

Un formidable éclat de rire répondit à ces cris, et un hourra poussé par une douzaine de voix, sur une petite île qui s’élève à un quart de verste de Derbend, annonça aux poursuivants désappointés que, non seulement Moullah-Nour était sauvé, mais même qu’il se retrouvait au milieu de ses compagnons.

Les portes sont bien fermées dans la maison d’Iskander. Tout est bien tranquille dans sa chambre ; à peine y entend-on un faible chuchotement.

La gaieté cherche le bruit ; le bonheur aime le silence et la solitude.

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1.Écuyer.

2.Justaucorps.

1.Arbre épineux du Caucase : le plus entêté de tous les arbustes épineux. Son nom veut dire l’arbre qui tient.

2.Karatcha veut dire rivière noire.

1.À défaut d’eau, les musulmans peuvent faire leurs ablutions avec du sable ou de la poussière.

1.Thapse.

2.Équivalent de la corbeille.

3.Il nous est impossible de reproduire ici littéralement le texte tatar. La pudeur est chose complètement inconnue chez les femmes orientales.

1.Titre de noblesse persane.

1.Nour, en tatar, veut dire lumière.

2.À peu près un franc quatre-vingts centimes de notre monnaie.

Une édition

Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.

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