SCÈNE III. CORNIL, L’ÉPOUSE.
CORNIL. Épouse Van Zuyp, vous voilà enrubannée comme la chasse de saint Abraham, à Maëstricht !… Je vous fais compliment… ce beau jeune homme…
L’ÉPOUSE. La fertu des gomtesses Pfafferlhoffen est au-dessus de fos insinuations, meinherr Cornil…
CORNIL. Je ne trouve point à redire a cela… il faut hurler avec les loups… Pour notre affaire, nous avons besoin de plaire au régent, et le régent n’aime pas les mœurs sévères… Moi-même je tâche de prendre des allures…
L’ÉPOUSE. Fi donc !… Si je voulais, moi, je prendrais bien facilement cette légèreté… ce laisser aller… Monsieur de Champagne m’a tit que ch’afais l’esprit français… Foilà un homme pien élevé, ce monsieur de Champagne… un frai gentilhomme… Mais fous, fous serez tuchurs ein pourchois, meinherr Cornil.
CORNIL. Il s’agit de gagner un million de roubles en livrant le prince Stanislas au czar… Monsieur de Champagne va me faire des amis… j’ai déjà soupé avec des grands seigneurs.
L’ÉPOUSE. Que vous ont-ils dit ?
CORNIL. Ils m’ont demandé si je voulais leur prêter de l’argent.
L’ÉPOUSE. Ça doit être pien choli ein betit souper ?
CORNIL. C’est très-débraillé.
L’ÉPOUSE, à part. J’aimerais bien foir un betit souper… Mais foilà ce cher monsieur de Champagne.