SCÈNE II. L’ÉPOUSE, ANDRÉ, costume de ville très-élégant.
L’ÉPOUSE, avec modestie, montrant sa robe. Che fus temante parton te fus recevoir ainsi en nécliché… mais en voyage… et dans une hôtellerie… et puis… s’il y avait eu plus de rupans tans le gârton.
ANDRÉ. Ce que vous avez suffit, madame.
L’ÉPOUSE. Safez-fus ? che fus bermets de paiser le pout te mes doigts avec respect.
ANDRÉ. Mille grâces !… (Il lui baise la main. À part.) Elle est folle… mais je n’ai que ce moyen d’obtenir ce brevet…
L’ÉPOUSE, soupirant. Ah ! chefalier ! chefalier ! fus m’avez gompromise aux yeux de ma gouturière.
ANDRÉ. Compromise !
L’ÉPOUSE, à part. Chefeux noirs ! c’est chistement ma gouleur bréférée !
ANDRÉ. Madame, hier, au bal de la cour, vous m’avez permis de venir vous demander une grâce…
L’ÉPOUSE. Meinherr Cornil Van Zuyp est très-chaloux, safez-fus ?
ANDRÉ. Ne vous inquiétez pas, madame, il s’agit d’une bonne action.
L’ÉPOUSE, désappointée. Ah !… nous passons bour très-charitables tans la famille des gomtes de Pfafferlhoffen…
ANDRÉ. Je sais que par votre position et par la fortune immense de monsieur Van Zuyp, vous avez tout pouvoir à la surintendance… Je voudrais avoir pour une femme bien malheureuse le bureau de poste de Nonancourt, qui est présentement sans titulaire…
L’ÉPOUSE. Safez-fus, chefalier… che ne fais chamais rien pour les femmes.
ANDRÉ. La pitié, belle dame.
L’ÉPOUSE. Che croyais que fus fuliez temanter quelque chose pur fus, chefalier ?
ANDRÉ. Pour moi, j’ai bien des choses à vous dire, madame la comtesse… (À part.) Ah ! diable ! j’oubliais mon personnage. (Haut.) Si vous le permettez, ce soir, je viendrai chercher moi-même le brevet.
L’ÉPOUSE. Safez-fus !… je permets… à gondition que fus avez du respect.
ANDRÉ. Et vous promettez ?
L’ÉPOUSE. Je promets.
ANDRÉ. Ah ! que de grâces, belle dame !… Voici le placet de votre protégée. (Au moment où il se baisse pour prendre congé en lui baisant la main, une servante de l’hôtellerie entre poursuivie par Cornil, qui essaye de lui prendre la taille. Cornil et sa femme se trouvent en face l’un de l’autre. André salue et sort.)
L’ÉPOUSE. Mon mari !
CORNIL, à part. Ma femme ! (À la servante.) Sortez !
L’ÉPOUSE. Et apportez-moi mon chocolat, safez-fus ?… effrontée !