‹ La Bourgeoise ou Les Cinq aubergesChapitre 9 sur 58 · SCÈNE XIII. CHAMPAGNE, ROBIN, MOREL.

SCÈNE XIII. CHAMPAGNE, ROBIN, MOREL.

CHAMPAGNE, entrant par la fenêtre. Il fait noir comme dans un four… Morel a la lanterne sourde.

MOREL, entrant. J’ai vu de la lumière.

ROBIN. Il y en aura toute la nuit.

CHAMPAGNE. Voyons !… à la besogne ! Est-ce toi qui entre, Robin ?…

ROBIN. Un vieillard…

CHAMPAGNE. Bah ! il dort… Vous éventrez la paillasse… vous prenez le magot… et le bonhomme rêve que ses écus font des petits…

ROBIN. Oui, mais s’il s’éveille.

CHAMPAGNE, haussant les épaules. Ça le regarde… Et toi, Morel ?…

MOREL. Moi… tirons au sort…

CHAMPAGNE. Par le diable !… ça prend du temps de tirer au sort !… vous êtes des poules mouillées !… Faites le guet… donne-moi la lanterne… quand on a le cœur si tendre… on se fait garde-malade ou chien d’aveugle… Attendez-moi là. (Il entre chez le père Valentin.)

ROBIN. C’est un fier coquin que ce Champagne…

MOREL. Ni cœur, ni âme !

ROBIN. Il ira loin… As-tu vu M. André ?

MOREL. Tout va bien… le prince va se mettre on route à minuit… M. André nous donne un fier coup d’épaule sans le savoir…

ROBIN. Écoute ! (Il prête l’oreille.) Ah ! je me souviendrai de cette nuit… les gens de l’auberge n’ont vu que moi…

MOREL. Bah ! il y a loin de Bar-le-Duc à Paris !

CHAMPAGNE, rentrant pâle et en désordre. Voici l’argent… sauvons-nous !…

ROBIN. Et le bonhomme ?

CHAMPAGNE. Éteins la lanterne et en route !…

ROBIN. Le vieillard s’est-il éveillé ?

CHAMPAGNE. Voici l’argent, te dis-je !… Éteins la lanterne, et partons !

MOREL, à Robin, bas. Il s’est éveillé !…

ROBIN, de même. Que Dieu ait son âme ! (Ils sortent par la fenêtre.)

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