SCÈNE XIV. BONAVENTURE, ROSALIE, MINON, FRANÇOIS PICOT, INVITÉS DES ACCORDAILLES. On entend un grand tumulte pendant la sortie des trois bandits. Au moment où le dernier d’entre eux disparaît par la fenêtre, la porte du père Valentin s’ouvre ; Bonaventure se précipite échevelé et regarde autour de lui d’un air égaré.
ROSALIE, entrant par la porte de droite. Qu’y a-t-il ? que veut dire ce bruit ?…
BONAVENTURE. La fenêtre est ouverte ! (Il va regarder à la porte de la chambre.)
ROSALIE. Et cet homme n’est plus là !
BONAVENTURE, sur le seuil de la porte latérale. Ah ! bourgeoise ! bourgeoise !
ROSALIE. Je t’avais défendu de m’appeler ainsi !
BONAVENTURE. Tant que votre père vivrait, mademoiselle Rosalie.
ROSALIE. Mon père !… (Elle se précipite dans la chambre avec Bonaventure. On entend Rosalie pousser un grand cri, puis elle rentre en scène très-pâle en disant :) Mon père mort ! assassiné !… (Elle tombe épuisée sur une chaise à deux pas de la porte. François Picot vient d’entrer par le fond avec la noce.)
FRANÇOIS et LES AUTRES. Assassiné !
BONAVENTURE, qui est sorti de la chambre à la suite de Rosalie. Oui, ces mendiants… ils l’ont volé d’abord… et puis…
FRANÇOIS, à part. Volé ! volé !
MINON, à Rosalie, qui rouvre les yeux et regarde autour d’elle avec stupeur. Sœur, il te reste l’homme que tu aimes.
BONAVENTURE, de même. Vot’ fiancé, la bourgeoise…
FRANÇOIS, à part. Volé ! ils ont volé mes huit cents écus !… (Il se fait un grand silence. Rosalie se lève lentement.)
ROSALIE, d’une voix altérée. François je vous rends votre parole…
FRANÇOIS. Je vas réfléchir… Bonsoir… bonsoir la compagnie ! (On s’éloigne de lui avec dégoût. Il sort.)
ROSALIE, retombant. Mon père est mort assassiné par l’homme que j’ai reçu par charité… Celui que j’aimais m’abandonne parce que je suis pauvre… Mon père avait raison, les hommes ne valent rien… Il ne faut songer ici-bas qu’à soi-même.
MINON, s’agenouillant à sa gauche. Ma sœur !… ma sœur chérie…
BONAVENTURE, s’agenouillant à sa droite. Ah ! la bourgeoise !… si vous saviez !…
ROSALIE, les repoussant. Je n’ai plus de cœur.