Huitième partie La lettre
La chevaleresque histoire de Saïd et ses aventures tragi-comiques divertirent beaucoup les voyageurs, qui continuèrent encore quelque temps à s’entretenir de sujets merveilleux, tout en fumant et en prenant le café, cet indispensable accessoire de la conversation chez les Orientaux.
Ils se séparèrent ensuite pour aller se reposer quelque peu avant de se remettre en route ; car il leur restait une assez longue étape à fournir pour atteindre le Caire. Mais, au moment du départ, les marchands s’aperçurent tout à coup que leur nouvel ami, Sélim Baruch, manquait à l’appel. Ils le cherchèrent de tous côtés avec de grands cris, mais aucune voix ne répondit à la leur, et ils se perdaient en conjectures sur cette disparition étrange, lorsque le guide se présenta devant eux et leur dit que, tandis qu’ils dormaient encore, l’étranger lui avait ordonné de seller son cheval, en prétextant une affaire urgente qui l’obligeait à partir avant le gros de la caravane. « Mais, ajouta le guide avec une intention de finesse, je ne sais quelle affaire ce peut être ; car, au lieu de prendre la route du Caire, il a tourné bride dès le sortir de la vallée, et s’est élancé au grand galop dans la direction du désert. »
Les marchands se regardaient l’un l’autre, se demandant ce que cela pouvait signifier.
« Pour ma part d’ailleurs, reprit le guide, je n’ai pas à me plaindre de lui : si j’ai pu lui rendre quelques petits services, il m’en a généreusement récompensé. Mais, à propos, s’écria le bavard, j’ai là aussi quelque chose qu’il m’a remis pour vous, seigneur. » Et, fouillant dans sa ceinture, il en tira un billet qu’il remit à Lezah. Celui-ci se hâta de l’ouvrir et lut à haute voix ce qui suit :
« Averti par mes éclaireurs du passage de votre caravane et sachant que toi, le frère de mon hôte, tu te trouvais au nombre des voyageurs, j’ai voulu, étendant à toi et aux tiens les lois sacrées de l’hospitalité, qu’aucun accident ne traversât votre route. Quelque horde errante aurait pu cependant, à mon insu, vous molester ou vous voler dans le parcours du désert. Je suis donc venu à vous sous un déguisement, et j’ai cheminé dans votre compagnie afin de protéger votre marche. Vous êtes au terme de votre voyage : ma tâche est accomplie. Adieu ! les heures rapides que nous avons passées ensemble m’ont été douces en me faisant oublier pour un instant ma sombre destinée. Rentrez au sein de vos familles, ô vous dont le Prophète a béni l’existence ! Je vais rejoindre ma bande, moi, le banni du monde, le roi du désert.
« Mebrouck. »
Un long cri d’étonnement suivit cette lecture, qui stupéfia particulièrement le guide bavard ; mais, comme tous les sots importants qui ont la prétention de ne rien ignorer, il essaya d’insinuer que dès le premier moment il s’était bien douté de la chose.
« Monsieur le guide, vous n’êtes qu’un hâbleur ! lui dit Muley ; mais allez donc vous occuper un peu de notre départ : il faut que ce soir nous couchions au Caire. »
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Une édition
Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.