I - II
La pluie au vent de mer s’égoutte Dans la barbe verte des pins; Et des femmes suivent la route, Qui vont au bourg pétrir leurs pains.
Sous la mouvante capeline, Leur face rosée, au ton clair, Sent bon la bonne odeur saline, L’odeur de flot qui dort dans l’air.
Et ce sont des filles de grève Qui vont entre elles devisant De l’homme qui les hante en rêve, Toujours aimé,--toujours absent!
Ils sont là-bas, dans les eaux mornes, Les fiancés et les époux; Autour d’eux est la mer sans bornes, Et sur eux le firmament roux.
De longs voiles tissés de brume Pendent du haut du ciel muet... En Bretagne un foyer s’allume, Et voici le chant du rouet...
Eux aussi, de leurs voix bourrues, Chantent!... Nul écho ne répond... Un mousse éventre des morues Qui gisent à plat sur le pont.
Et l’on voit couler sur les planches, On voit jaillir par les sabords, Tout constellé d’écailles blanches, Le sang rouge des poissons morts.