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Chapitre 6 Un cas de conscience

Un gardien entra dans l’atelier de chaussures où Jimmy Valentine était en train de coudre laborieusement des empeignes et l’accompagna jusqu’au bureau principal. Là, le Directeur de la prison informa Jimmy que sa grâce avait été signée le matin même par le gouverneur. Jimmy prit le papier qu’on lui tendait avec un air de lassitude. Il n’avait accompli que dix mois d’une condamnation à quatre ans de prison. Il avait calculé à son entrée qu’il ne resterait qu’environ trois mois au plus. Quand un homme qui a autant d’amis à l’extérieur que Jimmy Valentine pénètre en « tôle », c’est tout juste s’il est nécessaire de lui couper les cheveux.

— Alors, Valentine, dit le Directeur, vous partirez demain matin. Reprenez-vous et tâchez de devenir un homme. Vous n’êtes pas un mauvais type dans le fond. Cessez de fracturer des coffres-forts et vivez honnêtement.

— Moi ? fit Jimmy d’un ton surpris, mais je n’ai jamais fracturé un coffre-fort de ma vie !

— Oh ! non, s’écria le Directeur en riant, sûrement pas ! Voyons voir : comment se fait-il que l’on vous ait incarcéré pour cette affaire de Springfield ? Est-ce parce que vous ne pouviez pas produire un alibi par crainte de compromettre quelqu’un de très haut placé ? Ou est-ce simplement parce que vous êtes tombé sur un vilain vieux jury à qui votre tête ne revenait pas ? C’est toujours l’un des deux, avec vous autres, innocentes victimes !

— Moi ? fit Jimmy, avec une vertueuse indignation, mais, monsieur le Directeur, je n’ai jamais mis les pieds à Springfield de ma vie !

— Remmenez-le, Cronin, fit le Directeur en souriant, et procurez-lui un complet pour sa sortie. Lâchez-le demain matin à 7 heures et amenez-le à la levée d’écrou. Et maintenant vous feriez bien de suivre mon conseil, Valentine.

À 7 heures le lendemain matin, Jimmy se tenait dans le bureau du Directeur. Il était vêtu d’un de ces vilains complets tout faits et chaussé d’une paire de ces chaussures raides et grinçantes que l’État fournit gratuitement à ses pensionnaires lorsqu’il les relâche.

Un gardien lui tendit un ticket de chemin de fer et le billet de 5 dollars grâce auquel il devait pouvoir, selon les convictions et prescriptions du Gouvernement, se réhabiliter et redevenir un bon, honnête et prospère citoyen. Le Directeur lui donna un cigare et lui serra la main. Valentine, N∘ 9.762, fut inscrit dans les livres comme « gracié par le Gouvernement » et M. James Valentine sortit dans la rue ensoleillée.

Indifférent au chant des oiseaux, au balancement des arbres verts et au parfum des fleurs, Jimmy se dirigea tout droit vers un restaurant. Là il goûta les premières et douces joies de la liberté sous la forme d’un poulet rôti et d’une bouteille de vin blanc, suivis d’un cigare un peu meilleur que celui qui lui avait été offert par le Directeur ; puis il se mit en route sans se presser vers la gare. En passant, il laissa tomber une petite pièce de monnaie dans le chapeau d’un aveugle qui était assis près d’une porte, puis il monta dans le train. Trois heures plus tard, il atterrissait dans une petite ville auprès de la frontière de l’État. Il se rendit immédiatement dans le café d’un certain Mike Dolan, et serra la main de Mike qui était seul derrière le comptoir.

— Je regrette qu’on n’ait pas pu y arriver plus tôt, Jimmy, mon garçon, dit Mike, mais il a fallu se défendre contre ces types de Springfield qui gueulaient comme des putois, et le gouverneur a été sur le point de flancher. Comment te sens-tu ?

— Magnifique ! dit Jimmy ; tu as ma clé ?

Il prit sa clé, monta l’escalier et ouvrit la porte d’une chambre située dans la partie reculée de l’étage. À l’intérieur, tout était comme il l’avait laissé. Là, sur le plancher, se trouvait encore le bouton de col de Ben Price qui avait été arraché au plastron de cet éminent détective lorsque Jimmy avait été maîtrisé et arrêté.

Jimmy rabattit le lit pliant qui était encastré dans le mur, puis fit glisser un petit panneau secret et en tira une sacoche couverte de poussière. Il l’ouvrit et contempla avec amour le plus bel outillage de cambrioleur qui existât dans l’Est. C’était une trousse complète, entièrement fabriquée d’acier spécial extra dur et composée de toutes les dernières nouveautés les plus perfectionnées en matière de poinçons, forets, vilebrequins, chignoles, crampons et pinces monseigneur, sans compter deux ou trois engins inventés par Jimmy lui-même et dont il était très fier. Ça lui avait coûté plus de 900 dollars chez X…, le fournisseur habituel des gentlemen de la profession.

Une demi-heure plus tard, Jimmy redescendit et traversa la salle du café. Il était maintenant vêtu d’un complet de bon goût, bien ajusté et portait sa précieuse sacoche soigneusement essuyée.

— Quelque chose en vue ? demanda Mike Dolan d’un ton cordial.

— Moi ? fit Jimmy avec une affectation de surprise. Je suis représentant de la Compagnie Anonyme des Biscuits en sciure de bois et balle de blé agglomérés, siège social à New-York !

Cette déclaration réjouit Mike à un tel point que Jimmy dût accepter de prendre immédiatement un lait au soda. Il ne touchait jamais aux boissons fortes.

Une semaine après l’élargissement de Valentine, N∘ 9.762, il se commit à Richmond, dans l’Indiana, un beau petit cambriolage avec fracture de coffre-fort, sans aucun indice qui pût faire retrouver l’auteur de ce méfait. Ce n’était là qu’une petite affaire de 800 dollars tout au plus. Quinze jours plus tard, un coffre-fort breveté incrochetable et inviolable, dans la ville de Logansport, fut éventré aussi facilement qu’un fromage et vidé de 1500 dollars ; les pièces d’argent et les valeurs mobilières n’avaient pas été touchées. Cela commença à intéresser la police. Alors, un vieux coffre-fort à la mode ancienne, de Jefferson City, se mit en éruption et cracha par son cratère une lave de billets de banque d’une valeur de 5000 dollars. Les pertes atteignaient maintenant une valeur suffisante pour décider Ben Price à entrer en lice. En comparant les rapports, on découvrit une remarquable similitude dans les méthodes de ces différents cambriolages. Ben Price inspecta les divers lieux où ces crimes avaient été commis et on l’entendit murmurer :

— Ça, c’est signé Jimmy Valentine. Il a rouvert sa boutique. Regardez-moi un peu ce bouton de combinaison qui s’est arraché aussi facilement qu’un radis dans de la terre molle. Il est le seul qui possède des crampons capables de faire ça. Et regardez comme ces gorges et ces mentonnets ont été proprement expulsés ! Jimmy n’a jamais besoin de percer deux trous. Oui, je crois bien que je vais arrêter M. Valentine. Et cette fois il fera son temps jusqu’au bout ; j’espère qu’on ne sera pas assez bête pour le gracier encore une fois.

Ben Price connaissait les habitudes de Jimmy. Il les avait étudiées au moment de l’affaire de Springfield : fuite rapide, longs parcours, pas de complices et un goût prononcé pour la bonne société, telles étaient les mœurs qui avaient aidé M. Valentine à s’acquérir une certaine renommée dans sa façon heureuse d’échapper au châtiment. Le bruit se répandit que Ben Price s’était mis sur la piste du cambrioleur vagabond et les possesseurs de coffres-forts incrochetables commencèrent à respirer.

Un après-midi, Jimmy Valentine et sa sacoche descendirent tous les deux de la voiture postale à Elmore, une petite ville située à cinq milles de la gare la plus proche, dans la région des mines de zinc de l’Arkansas. Jimmy, qui avait l’air d’un jeune étudiant sportif, fraîchement émoulu du collège, s’engagea sur le trottoir en planches qui le conduisait à l’hôtel.

Comme il arrivait à l’angle de la rue, une jeune femme traversa la chaussée, passa devant lui et pénétra dans un immeuble sur lequel Jimmy lut l’enseigne suivante : Banque d’Elmore. Jimmy Valentine rencontra le regard de la jeune femme, oublia qui il était, et devint immédiatement un autre homme. Elle baissa les yeux et rougit légèrement. Les beaux garçons à l’air distingué étaient rares à Elmore.

Jimmy empoigna par le bras un gamin qui flânait aux environ de la banque comme s’il eût été l’un des actionnaires et se mit à lui poser un tas de questions au sujet de la ville en provoquant ses réponses par des pourboires répétés. Bientôt la jeune femme sortit de l’établissement, paraissant royalement inconsciente de l’existence du jeune homme à la sacoche, et suivit son chemin.

— Est-ce que cette jeune femme n’est pas Miss Polly Simpson ? demanda Jimmy insidieusement.

— Non, dit le gamin, c’est Miss Annabel Adams. C’est son p’pa qui est propriétaire de la banque. Qu’est-ce que vous êtes venu faire à Elmore ? Qu’est-ce que c’est qu’ça ? Une chaîne de montre en or ? J’vais avoir un bulldog. Vous n’avez plus de pièces pour moi ?

Jimmy se rendit à l’hôtel Planters, se fit inscrire sous le nom de Ralph D. Spencer, et loua une chambre. Il s’appuya sur le comptoir et exposa son programme à l’employé. Il lui dit qu’il était venu à Elmore pour chercher une situation dans les affaires. Comment marchait la chaussure en ce moment dans la ville ? Il avait pensé à s’établir dans la chaussure. Quelles étaient les perspectives ? L’employé fut impressionné par les vêtements et les manières de Jimmy. Il s’était cru lui-même jusqu’à maintenant une espèce de champion de la mode parmi la jeunesse maigrement dorée d’Elmore, mais il venait de découvrir soudain son infériorité. Tout en essayant de deviner comment Jimmy faisait son nœud de cravate, il lui donna cordialement tous les renseignements désirés.

Oui, il y avait certainement de bonnes perspectives dans la chaussure. Il n’y avait pas à proprement parler de boutiques de chaussures en ville. Les souliers étaient vendus par les bazars et les épiciers. D’ailleurs les affaires étaient prospères dans toutes les branches. Il espérait que M. Spencer se déciderait à s’établir à Elmore, et qu’il s’y plairait et trouverait les habitants très agréables.

M. Spencer répliqua qu’il s’arrêterait certainement quelques jours dans la ville pour étudier la situation. Non, inutile d’appeler le groom : il porterait sa sacoche lui-même, elle était assez lourde.

M. Ralph Spencer, le phénix qui renaissait des cendres de Jimmy Valentine (des cendres produites par les flammes d’un accès sentimental soudain et altératif), s’établit à Elmore et se mit à prospérer. Il ouvrit une boutique de chaussures et s’assura bientôt une confortable clientèle.

Il réussit également bien dans la société mondaine de la ville et se fit de nombreux amis. Et enfin, il accomplit le secret désir de son cœur. Il fit la connaissance de Miss Annabel Adams et fut de plus en plus séduit par ses charmes.

Au bout d’un an, M. Ralph Spencer se trouvait dans la situation suivante : il avait acquis le respect de la communauté, son magasin de chaussures était florissant, et il devait épouser Miss Annabel Adams dans quinze jours.

M. Adams, un typique banquier provincial, lourd et laborieux, estimait beaucoup Spencer. Annabel était aussi fière de lui qu’elle en était éprise. Il se sentait autant chez lui dans la famille de M. Adams et dans celle de la sœur d’Annabel, qui était mariée, que s’il en eût déjà fait partie.

Un jour, Jimmy s’assit dans sa chambre et écrivit la lettre suivante, qu’il expédia par un moyen sûr et détourné à l’un de ses vieux amis de Saint-Louis :

« Cher vieux Copain,

« J’ai besoin de te voir chez Sullivan, à Little Rock, mercredi prochain à 9 heures du soir. J’aurai recours à toi pour liquider quelques petites affaires. Et en même temps je désire te faire cadeau de ma trousse d’outillage. Je sais que tu seras heureux de l’avoir, car tu ne pourrais pas te procurer la même, pour un millier de dollars. Tu sais, Billy, j’ai abandonné le vieux truc il y a un an. J’ai acheté un beau magasin. Je gagne maintenant ma vie honnêtement et je vais épouser dans quinze jours la plus belle fille de la terre. C’est la vraie vie, Billy, la vie honnête et droite. Je ne voudrais pas maintenant pour un million toucher à l’argent d’un autre homme. Lorsque je serai marié, je vendrai mon magasin, j’irai m’établir dans l’Ouest où je courrai moins de risques de voir de vieilles histoires se retourner contre moi. Je te le dis, Billy, c’est un ange. Elle croit en moi ; et pour rien au monde je ne voudrais recommencer maintenant à faire la moindre malhonnêteté. Tâche d’être exact au rendez-vous chez Sullivan car il faut que je te voie. J’emporterai les outils avec moi. Ton vieil ami.

« Jimmy. »

Le lundi suivant l’expédition de cette lettre, Ben Price arriva discrètement à Elmore dans une voiture de livraison. Il se mit à flâner tranquillement dans la ville, selon son habitude, jusqu’à ce qu’il eût trouvé ce qu’il désirait savoir. De la pharmacie située en face du magasin de chaussures de Spencer, il put contempler tout à son aise, à travers la rue, son propriétaire.

— Alors, on va épouser la fille du banquier, hein ! murmura Ben entre ses dents. Hem ! ce n’est pas encore fait !

Le lendemain matin, Jimmy prit son petit déjeuner chez les Adams. Il devait partir ce jour-là pour Little Rock afin de commander son costume de mariage et d’acheter un joli présent pour Annabel. Ce serait la première fois qu’il quitterait la ville depuis son arrivée à Elmore. Il y avait maintenant plus d’un an qu’il avait renoncé à son ancienne profession et il pensait pouvoir s’aventurer au dehors sans danger.

Après le breakfast, une grande partie de la famille sortit avec Jimmy : M. Adams, Annabel et la sœur d’Annabel avec ses deux petites filles âgées respectivement de cinq et neuf ans. Ils accompagnèrent Jimmy jusqu’à l’hôtel où il logeait encore ; puis lorsque celui-ci redescendit avec sa valise qu’il était allé chercher dans sa chambre, ils se dirigèrent tous ensemble vers la banque. Là, devant la porte, se tenait la voiture de Jimmy, avec Dolph Gibson, qui devait le conduire à la gare.

Tout le monde pénétra dans le grand hall de la banque et passa de l’autre côté des comptoirs aux barreaux de vieux chêne luisant et ouvragé Jimmy les suivit, car le futur gendre de M. Adams était le bienvenu partout. Les employés étaient heureux d’être salués par ce beau et agréable jeune homme qui allait épouser Miss Annabel. Jimmy posa sa valise par terre. Annabel, dont le cœur bouillonnait de bonheur et de pétulante jeunesse, mit le chapeau de Jimmy sur sa tête et empoigna la valise.

— Est-ce que je ne ferais pas un chic commis voyageur ? demanda Annabel. Mon Dieu ! Ralph, comme c’est lourd ! On dirait que c’est plein de lingots d’or !

— Oui, répondit Jimmy froidement, je l’ai remplie avec des chausse-pieds en acier nickelé que je renvoie au fournisseur. Je fais cela pour éviter les frais de transport. Je deviens terriblement économe !

La banque d’Elmore avait fait installer récemment un nouveau coffre et une nouvelle voûte blindée. M. Adams en était très fier et il était heureux de le montrer à tout le monde. La voûte était petite, mais elle était munie d’une porte blindée d’un nouveau modèle, qui se fermait au moyen de trois solides pênes d’acier manœuvrés simultanément par une seule poignée et qui était munie d’une combinaison brevetée. M. Adams, d’un air rayonnant, en expliqua le fonctionnement à M. Spencer, qui se montra poliment intéressé bien que parfaitement profane en la matière. Les deux enfants, May et Agatha, étaient fascinées par le métal luisant et le mécanisme complexe de la serrure.

Tandis qu’ils étaient ainsi occupés, Ben Price entra dans le hall et s’accouda sur le comptoir, jetant de temps en temps un coup d’œil entre les barreaux. Il dit à l’employé qui l’interrogea qu’il n’avait besoin de rien ; il attendait seulement une personne qu’il connaissait.

Tout à coup on entendit plusieurs cris perçants poussés par les femmes en même temps qu’une violente commotion. Sans être aperçue de ses parents, May, la petite fille de neuf ans, pour s’amuser, venait d’enfermer Agatha dans la voûte. Elle avait baissé la poignée de la serrure et tourné le bouton de la combinaison, comme elle l’avait vu faire à M. Adams. Le vieux banquier sauta sur la poignée et la secoua violemment pendant quelques instants.

— Impossible… d’ouvrir… la porte ! fit-il en gémissant, combinaison… pas encore… oh ! Dieu !

La mère d’Agatha se mit à pousser de nouveaux cris hystériques.

— Silence ! dit M. Adams en levant sa main tremblante. Taisez-vous tous pendant un moment !

Puis il se mit à crier aussi fort qu’il pouvait :

— Agatha, écoute-moi !

Pendant le silence qui suivit ces mots, ils ne purent que percevoir faiblement les hurlements de l’enfant frappée de terreur dans la sombre voûte.

— Ma petite chérie ! s’écria la mère, elle va mourir de frayeur ! Ouvrez la porte. Oh ! je vous en prie, ouvrez-la, fracturez-la ! Faites quelque chose !…

— Le seul homme qui puisse ouvrir cette porte, dit M. Adams, d’une voix tremblante, habite à Little Rock. Mon Dieu, Spencer, qu’allons-nous faire ? Cette enfant… elle ne peut pas rester longtemps là-dedans. Il n’y aura bientôt plus assez d’air et en outre la frayeur va la faire tomber en convulsions.

La mère d’Agatha se mit à frapper frénétiquement la porte de la voûte avec ses mains. Quelqu’un parla de dynamite. Annabel tourna vers Jimmy ses grands yeux pleins d’angoisse, mais pas encore de désespoir. Pour une femme, rien ne semble tout à fait impossible à l’homme qu’elle vénère.

— Ne pouvez-vous rien faire, Ralph ? Ne voulez-vous pas essayer ?

Il la contempla un instant d’un long et profond regard, avec un étrange et doux sourire sur les lèvres.

— Annabel, dit-il, donnez-moi cette rose que vous portez, voulez-vous ?

Bien qu’elle crut l’avoir sans doute mal compris, elle prit le bouton de rose qui était épinglé sur son sein et le lui tendit. Jimmy le mit dans la poche de son gilet, enleva son veston et retroussa ses manches. Dès ce moment-là, Ralph D. Spencer disparut et fit place à Jimmy Valentine.

— Ôtez-vous tous de devant la porte, ordonna-t-il brièvement.

Il posa sa sacoche sur la table et l’ouvrit. À partir de cette minute il parut être devenu inconscient de la présence des spectateurs. Il étala rapidement et avec ordre les instruments étranges et luisants, tout en sifflotant doucement comme il avait l’habitude de le faire lorsqu’il était au travail. Immobiles et silencieux, comme s’ils avaient été soudain ensorcelés, les autres le regardaient faire. Au bout d’une minute, le foret d’acier de Jimmy attaqua doucement la porte d’acier. En dix minutes, battant son propre record professionnel, Jimmy repoussa les pênes et ouvrit la porte. Agatha, presque évanouie mais saine et sauve, se trouva immédiatement dans les bras de sa mère.

Jimmy Valentine remit son veston, traversa les comptoirs et se dirigea vers la porte d’entrée. Tout en marchant, il lui sembla entendre une voix lointaine et bien connue appeler : « Ralph !… » mais il n’eût même pas une seconde d’hésitation.

À la porte il rencontra un homme de haute taille qui se trouvait sur son chemin.

— Allo, Ben, dit Jimmy toujours avec son étrange sourire, vous voilà enfin ? Eh bien ! allez-y ! Après tout, cela m’est égal maintenant.

Et alors, Ben Price agit d’une manière assez étrange.

— Je crois que vous vous trompez, M. Spencer, dit-il. Je ne me rappelle pas vous avoir jamais rencontré… Est-ce que ce n’est pas votre voiture qui vous attend là dehors ?

Et Ben Price fit demi-tour, sortit et s’éloigna sans se retourner.

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1.Tirer dans le sol d’une mine que l’on veut vendre des coups de fusil chargés de poudre d’or afin de duper l’acheteur. N. D. T.

Une édition

Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.

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