Scène I.
MARIANNE, seule, assise auprès de la table et tricotant ; elle tient sur ses genoux une chatte blanche endormie.
Notre maître ne revient pas !… Depuis ce matin, qu’il court toute la ville de Biberach, il n’aura rien trouvé, c’est sûr !… Pauvre Guido ! le plus beau jeune homme de toute la Souabe… Un jeune homme si bon, si aimable, qui avait tant d’amis, quand il avait de l’argent !… ils sont tous partis ; et de tous ceux qui dînaient à la maison, il n’est resté que notre chatte… cette pauvre Minette, qui dort là, sur mes genoux, et dont il faudra se séparer aussi ! La cuisinière du gouverneur m’en a déjà offert trois florins, que j’ai refusés !… trois florins !… la fourrure seule vaut cela… sans compter son caractère ! Et cependant je serai bien obligée d’en venir là… par intérêt pour elle ; car ici nous n’avons pas même de quoi la nourrir… Entends-tu, Minette, tu ne seras pas à plaindre… c’est moi ! parce que les chattes, c’est la passion des vieilles gouvernantes… et, depuis la mort de mon mari, je peux dire… foi d’honnête femme, que c’est le seul attachement que je me sois permis.
(Elle a été placer Minette endormie sur le lit de repos dont un des rideaux seulement est entr’ouvert, de manière que la chatte n’est plus vue des spectateurs.)
COUPLETS.
I.
II.
(On entend en dehors.) Marianne ! Marianne !
Ah ! mon Dieu ! c’est notre maître !… ne lui parlons pas de l’idée de vendre Minette ; car il l’aime tant, qu’il se laisserait plutôt mourir de faim.
GUIDO, en dehors.
Marianne ! Marianne !
MARIANNE, va ouvrir.
Voilà… voilà…