‹ La Chatte métamorphosée en femme (opéra-comique)Chapitre 6 sur 13 · Scène VI.

Scène VI.

GUIDO, MINETTE, en jeune fille vêtue de blanc, couchée sur le lit et endormie.

GUIDO, très ému, parlant.

Une femme ! ô prodige !

(Elle s’éveille, se regarde avec étonnement et descend du lit.)

DUO.

GUIDO, n’osant s’approcher.

MINETTE, faisant quelques pas avec crainte.

GUIDO.

MINETTE, étendant ses bras dont elle semble chercher la fourrure.

(Les regardant.)

GUIDO.

MINETTE, se retournant.

GUIDO, enchanté.

(Minette lui tend sa main.)

MINETTE.

(Touchant sa tête.)

(Touchant son cœur.)

GUIDO.

MINETTE.

GUIDO.

MINETTE.

GUIDO.

(Souriant.)

MINETTE.

GUIDO.

(À lui-même.)

(Il met l’amulette dans le coffre et va prendre un petit miroir de toilette.)

MINETTE.

GUIDO.

MINETTE.

GUIDO.

Ensemble.

(Pendant cet ensemble Minette regarde devant et derrière le miroir en jouant comme les chats.)

MINETTE.

GUIDO.

GUIDO, suivant tous ses mouvements.

MINETTE, jouant avec le miroir.

GUIDO, lui reprenant le miroir.

MINETTE.

GUIDO.

MINETTE, de même.

GUIDO, tendrement.

MINETTE, reprenant le miroir et se regardant.

Ensemble.

MINETTE, même jeu.

GUIDO.

MINETTE, se tournant vers lui

Je suis jolie, n’est-ce pas ?

GUIDO, se croisant les bras.

Elle me demande cela, à moi !… charmante !

MINETTE.

C’est ce qui me semblait ! mais au premier coup d’œil on craint de se tromper.

GUIDO, la regardant.

Il faut convenir que j’ai joliment réussi… Tous ces charmes-là c’est mon ouvrage.

MINETTE, posant le miroir sur la table.

Ah ! tant mieux ! je t’en remercie… Mais je vous demanderai, monsieur, pourquoi vous ne m’avez pas faite plus grande ?

GUIDO.

Là ! ce que c’est que l’ambition ! tout à l’heure elle n’était pas plus haute que ça. (Mettant la main contre terre.) Déjà des idées de grandeur !

MINETTE.

Non… seulement comme cela (Se levant sur la pointe des pieds.) Rien qu’un peu, je t’en prie ! Qu’est-ce que cela te coûte ?

GUIDO.

Je ne peux plus ; ce ne sont pas de ces ouvrages qu’on retouche à volonté !

MINETTE.

Ah bien !… tu n’es pas complaisant.

GUIDO.

Et toi… si tu n’es pas contente, tu es bien difficile !

MINETTE, lui tendant la main en souriant.

Ah ! oui, pardon, je suis une ingrate !

GUIDO.

D’ailleurs, de quoi te plains-tu ? N’es-tu pas ce que tu étais autrefois ?

MINETTE.

Non, jamais je n’ai été femme… c’est la première fois !

GUIDO.

Bah !

MINETTE.

Mais, en revanche, j’ai été bien d’autres choses ! (Guido fait un mouvement.) Oui, monsieur. Est-ce que vous ne vous souvenez pas de ce que vous avez été, vous ?

GUIDO.

Mais dame !… je croyais avoir toujours été ce que je suis : un jeune homme aimable.

MINETTE.

Oh ! moi, je ne dirais pas au juste… mais je me rappelle confusément… il y a bien longtemps, bien longtemps… oui, j’ai été d’abord une petite fleur des champs… une petite marguerite.

GUIDO.

MINETTE.

Pas trop : toujours exposée au soleil… le moyen de rester fraîche et jolie ! Aussi, chaque jour, j’adressais ma prière à Brahma.

AIR.

GUIDO.

On vient… c’est sans doute ma vieille gouvernante… qu’elle ne puisse pas soupçonner ton ancienne condition !

MINETTE.

Sois tranquille : je suis discrète.

GUIDO.

Et elle est discrète encore ! Quand je me la serais faite moi-même… Chut ! la voici !

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