Scène VII.
Les Mêmes, MARIANNE, portant un panier.
MARIANNE, à part.
C’est fini ; le marché est conclu : je l’ai vendue pour trois florins ; mais je n’aurai jamais le courage de… (Haut.) Que vois-je… une femme en ces lieux !
(À l’entrée de Marianne, Minette se place à la droite de Guido, et cherche à se cacher aux yeux de la gouvernante.)
GUIDO.
Te voilà bien étonnée, ma pauvre Marianne ! C’est… c’est… la fille d’un ancien ami de mon père… qui arrive à l’instant même… d’Angleterre.
(Pendant ce temps, Marianne a déposé sur la table ce qu’elle portait.)
MARIANNE, la regardant.
D’Angleterre !
GUIDO.
Oui, une jeune lady !… comme elle était sans asile, je lui en ai offert un… elle logera avec nous.
MARIANNE.
Avec nous ! (Posant son panier.) Ah bien ! par exemple, voici du nouveau !
MINETTE, à part.
C’est le déjeuner qu’elle rapporte… c’est de la crème : ah ! tant mieux !
(Elle passe sa langue sur ses lèvres.)
MARIANNE.
Comment ! not’maître… vous qui aviez renoncé aux femmes !
GUIDO.
Ah ! celle-ci ! quelle différence ! c’est d’une toute autre espèce… C’est la candeur ! l’innocence même !
MARIANNE, avec ironie.
Et elle arrive d’Angleterre ? (Elle porte le coffre dans la chambre à droite, et commence à mettre sur la table tout ce qu’il faut pour déjeuner.) Je vois ce que c’est… Monsieur est las de mes services… C’est une jeune gouvernante qu’il lui faut… Mais en la voyant de cet âge-là, Dieu sait ce qu’on en dira… On ne vous épargnera pas les propos, ni les coups de patte.
GUIDO, regardant Minette.
Pour ce qui est de ça, nous ne les craignons pas… et nous sommes là pour y répondre, n’est-ce pas, chère amie !
MARIANNE, allant à lui.
Chère amie ! qu’est-ce que j’entends là ? serait-ce par hasard… la passion… que vous ne vouliez pas m’avouer ce matin ?
GUIDO.
Juste, c’est elle ! (À part.) Elle ne croit pas si bien deviner. (Haut.) Oui, ma chère Marianne, c’est là cette femme charmante, dont le bon ton, la grâce et les manières distinguées… Ah !… qu’est-ce qu’elle fait donc là ?
(Il se retourne et aperçoit Minette, qui s’est approchée tout doucement de la table, trempant ses doigts dans la crème, et les portante sa bouche comme les chats.)
MINETTE, à part.
Dieux ! que c’est bon de la crème !
MARIANNE, la voyant et se récriant.
Oh ! voyez donc, monsieur !
GUIDO, bas à Minette.
Quelle distraction ! Minette !
MARIANNE, avec ironie.
C’est probablement un usage d’Angleterre.
GUIDO, avec humeur,
Oui, oui… dans ce pays-là… on ne mange pas comme… (Voulant détourner la conversation et regardant la table.) Mais quel déjeuner, Marianne ! toi qui n’avais pas d’argent… comment as-tu fait ?
MARIANNE, avec humeur.
Comment j’ai fait ! il l’a bien fallu… J’ai vendu notre chatte pour trois florins.
GUIDO.
Par exemple ! sans me consulter.
MARIANNE.
Ah ! bien oui. (Regardant Minette.) Vous avez maintenant bien d’autres choses à penser !… Je l’ai vendue à la femme du gouverneur… une femme très sensible… qui aime beaucoup les chats.
MINETTE, à part.
Me vendre ! c’est drôle !
MARIANNE.
C’est pour amuser son fils… un jeune homme de dix-huit ans, de la plus belle espérance.
MINETTE, à part.
Et à un jeune homme encore !
GUIDO, avec colère d’abord.
Comment !… (Se calmant.) Eh bien, à la bonne heure, puisque le fils du gouverneur l’a achetée… qu’il vienne la prendre (À part.) s’il peut la reconnaître !
MARIANNE, à elle-même.
Moi qui croyais que ça allait le désoler… quelle insensibilité !
GUIDO, à Minette.
Allons, chère amie, déjeunons.
(Il lui fait signe de s’asseoir vis-à vis de lui. Il lui verse de la crème, et lui montre comment il faut tremper son pain, ce que Minette imite gauchement et maladroitement.)
TRIO.
Ensemble.
GUIDO et MINETTE.
MARIANNE, les regardant et mangeant son morceau de pain.
MINETTE, qui a versé son lait dans son assiette et le buvant.
MARIANNE.
GUIDO, bas, lui faisant signe.
(Il lui montre.)
MINETTE, l’imitant.
MARIANNE, se moquant,
GUIDO, à part.
MINETTE, faisant la moue de loin à Marianne.
GUIDO, à part.
(Bas à Marianne.)
(Haut.)
(À Minette.)
MINETTE.
GUIDO.
MINETTE.
(Cherchant.)
GUIDO, vivement.
CHANSON.
MINETTE.
I.
ENSEMBLE.
MARIANNE.
GUIDO.
(Aux mots de miaou, Marianne regarde de tous côtés, comme si elle entendait un chat et paraît fort étonnée, Guido fait des signes désespérés à Minette, puis se remet à sourire à Marianne, comme pour lui donner le change.)
MINETTE, continuant.
II.
Reprise de l’ensemble.
GUIDO, applaudissant et regardant Marianne.
MARIANNE, ironiquement.
GUIDO, à Minette.
MARIANNE, à Minette.
GUIDO, voyant Minette lécher son assiette.
MARIANNE, la montrant à Guido.
GUIDO, désolé.
MARIANNE.
MINETTE, avec impatience.
GUIDO, avec colère.
TOUS TROIS.
Ensemble, très vif.
MARIANNE.
MINETTE.
GUIDO.
MARIANNE, avec colère et ironie.
(Cherchant des yeux.)
MINETTE, se levant étourdiment.
MARIANNE, se retournant.
GUIDO, bas et retenant Minette.
MARIANNE.
GUIDO, lui montrant le fond.
MARIANNE.
(Elle prend son panier à ouvrage qui renferme des pelotes de laine et de coton.)
GUIDO, à part.
(Une pelote de laine s’est échappée du panier, Minette se lève, court après, et joue avec toutes les autres en les dévidant comme les chats.)
MARIANNE, criant et la poursuivant.
MINETTE, se fâchant.
GUIDO, à Minette.
MARIANNE.
GUIDO, à Marianne.
MINETTE, frappant du pied.
MARIANNE, ramassant ses pelotons.
(Minette s’approche de la cage et veut jouer avec les oiseaux.)
MINETTE, secouant la cage.
(Elle renverse la cage, qui tombe à terre.)
MARIANNE, y courant.
GUIDO.
MINETTE, frappant du pied.
MARIANNE, la menaçant.
MINETTE, de même.
GUIDO, furieux.
Reprise de l’ensemble.
MARIANNE.
MINETTE.
GUIDO.
(Marianne sort en colère et entre dans sa chambre, à droite.)