‹ La Cité des eauxChapitre 5 sur 15 · L'ABANDON

L'ABANDON

Le carrosse d'or roux, la chaise, le sabot Qui piaffe au pavé clair et sonne sur la dalle, N'animent plus la cour vaste, vide et royale Où se sont tus les pas, le fouet et le grelot.

La porte s'entrebâille et le volet se clôt; Le vent use, tout bas, la pierre jaune et pâle; Le silence engourdi crispe de salle en salle Ses deux ailes de cendre et sa bouche d'écho.

La fontaine qui chante en gouttes dans la vasque, Ni le faune qui rit sous le marbre du masque, Ni le vase fleuri, ni les blanches statues

N'ont pu faire s'entresourire l'un à l'autre, Lui qui porte un miroir, elle qui s'y voit nue, La Solitude assise et le Passé qui rôde.

INTÉRIEUR

Le Temps sentencieux et le muet Amour Se tiennent côte à côte et debout devant l'âtre, Et l'on voit se croiser dans le miroir verdâtre La faulx vaine du Temps et l'aile de l'Amour.

L'aile est lasse. Le Temps parfois parle à l'Amour; La voix douce reprend la voix acariâtre; L'enfant résiste et le vieillard s'opiniâtre, Et l'enfant ne veut pas comprendre, étant l'Amour.

Rosaces au parquet et lustres au plafond, Éclair qui va tonner, roses qui fleuriront! Le miroir s'interroge et scrute le miroir.

Le meuble se contracte et crispe ses pieds tors; La porte s'entrebâille et l'on attend l'Espoir Qui de l'aile de cendre eût fait une aile d'or.

LE PAVILLON

La corbeille, la pannetière et le ruban Nouant la double flûte à la houlette droite, Le médaillon ovale où la moulure étroite Encadre un profil gris dans le panneau plus blanc;

La pendule hâtive et l'horloge au pas lent Où l'heure, tour à tour, se contrarie et boite; Le miroir las qui semble une eau luisante et moite, La porte entrebâillée et le rideau tremblant;

Quelqu'un qui est parti, quelqu'un qui va venir, La Mémoire endormie avec le Souvenir, Une approche qui tarde et date d'une absence,

Une fenêtre, sur l'odeur du buis amer, Ouverte, et sur des roses d'où le vent balance Le lustre de cristal au parquet de bois clair.

LE BOUQUET

Sur la rosace éclose au centre du parquet Pose ton pied léger, écoute et sois furtive; La solitude parle à celle qui arrive; N'as-tu pas entendu le marbre qui craquait?

La harpe tremble et vibre à ton pas indiscret, Le lustre se balance et son cristal s'avive; De ce qui semble mort crois-tu que rien ne vive? La glace a son fantôme et tout a son secret.

Le temps passe; tout fuit; les choses sont fidèles, L'invisible silence évente de ses ailes La poussière pensive et l'ombre transparente;

Et, sur la table nue où le marbre veiné A quelque chair ancienne et pâle s'apparente, Effeuille le bouquet que l'Amour t'a donné.

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