‹ La Cité des eauxChapitre 6 sur 15 · L'ILE

L'ILE

L'île basse, parmi les eaux, isole en elle, Sous les pleurs du vieux saule et le frisson du tremble, Le pavillon carré dont la tristesse semble Enclore en son secret un silence fidèle.

Par les vitres, on voit, qui se décharne, l'aile D'une harpe tendre ses cordes où il tremble Un peu du frôlement des doigts qui l'ont ensemble Fait vibrer doucement jadis, sonore et grêle.

Et le blanc pavillon de marbre et de cristal S'est endormi, avec en lui l'accord final Que le silence embaume en son ombre engourdie;

Et qui sait si le chant, par la fenêtre close, N'en filtre pas encor pour charmer l'eau verdie, Faire trembler le tremble et sangloter le saule?

FOND DE JARDIN

Le noir lierre aux douces roses enlacé Décore le portique et son treillage vert, Et l'on voit s'entr'ouvrir le pétale de chair Près du feuillage en coeur qui vers lui s'est glissé;

Une amoureuse odeur de soir et de passé Se mêle au dur parfum terrestrement amer; La fleur de sang sourit à la feuille de fer, Car de leur double poids son orgueil s'est lassé.

Un bassin, à l'écart, où rôde, ombre d'or grave, Un cyprin, ça et là, qu'une herbe glauque entrave, S'engourdit, et sa moire à jamais léthargique

Mire un dauphin de saxe arqué sur son piédouche Et, seule, la plus haute au faîte du portique, L'image, inverse en l'eau, d'une rose à sa bouche.

HOMMAGE

Décembre a noirci l'if et gelé le bassin, Le buis silencieux est saupoudré de givre, L'aurore est d'acier clair et le couchant de cuivre, Le vent, qui rôde, hurle et mord l'Amour au sein.

La Déesse frissonne et le lierre assassin Étouffe la statue à la gorge. Un Faune ivre Voit l'outre se durcir, et son pas qui veut suivre La Nymphe, sent monter la gaine qui l'étreint.

La fête est morte avec sa musique et sa joie! L'Hiver fait un vieillard de l'Été qu'il coudoie Et le parc semble mort qui fut jadis vivant.

Mais, immortelle encor par la gamme et l'arpège, J'écoute, à travers l'ombre et la mort et le vent, Une flûte à mi-voix qui chante dans la neige.

LA NEIGE

La neige astucieuse et le silence adroit Ont immobilisé au bout de l'avenue Vulcain jaloux et Mars surpris et Vénus nue. La Déesse est couchée et l'Amant se tient droit.

Les blancs flocons qui emmaillent le marbre froid Ont assourdi le guet, le pas et la venue Et semé des poils blancs dans la barbe chenue De l'Époux outragé de sa honte qu'il voit;

Et tous deux à jamais pris aux ruses du piège Dans l'enchevêtrement du filet de la neige Restent, couple captif autour de qui Vulcain,

Farouche et les bras nus sous le gel et le givre, A l'enclume de bronze et d'un ciseau d'airain, Martèle un parc d'argent et forge un ciel de cuivre.

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