‹ La Cité des eauxChapitre 9 sur 15 · L'HEURE

L'HEURE

Rapide, aiguë et furtive, L'aiguille sur le cadran Perce l'heure où elle arrive De son dard indifférent.

La rose, de ses pétales, Compte l'instant qui se suit En minutes inégales Qui s'effeuillent sans un bruit.

Le temps pour toi se divise Selon que tu l'as pensé! Qu'il s'abrège ou s'éternise Il deviendra ton passé.

Et, lorsqu'un jour de ta cendre Les roses refleuriront, Tu ne pourras plus entendre Les aiguilles qui feront,

Sur le cadran à demeure, Leur travail minutieux De percer encore l'heure Que ne verront plus tes yeux.

STANCES

Si je vous dis, ce soir, en respirant ces roses Qui ressemblent au sang que l'on répand pour lui: L'Amour est là dans l'ombre et son pied nu se pose Sur le rivage obscur du fleuve de la nuit.

Si je vous dis: l'Amour est ivre et taciturne Et son geste ambigu nous trompe, car souvent Il écrase une grappe au bord rougi de l'urne Dont il verse la cendre aux corbeilles du vent.

Successif ouvrier de bonheur et de peine, Il ourdit tour à tour sur le même fuseau Les deux fils alternés de l'une et l'autre laine Qu'il emmêle, débrouille et confond de nouveau.

Prenez garde, l'Amour est vain et n'est qu'une ombre, Qu'il soit nu de lumière ou soit drapé de nuit, Et redoutez sa vue étincelante ou sombre Lorsque sur le chemin vous passez près de lui.

Fermez vos yeux prudents, si vous croyez l'entendre Marcher sur l'herbe douce ou sur le sable amer, Pour écouter en vous gronder et se répandre Le bruit de la forêt et le bruit de la mer.

ÉPIGRAMME

Pour que ton rire pur, jeune, tendre et léger, S'épanouisse en fleur sonore, Il faut qu'avril verdisse aux pousses du verger, Plus vertes d'aurore en aurore,

Il faut que l'air égal annonce le printemps Et que la première hirondelle Rase d'un vol aigu les roseaux de l'étang Qui mire son retour fidèle!

Mais, quoique l'écho rie à ton rire avec toi, Goutte à goutte et d'une eau lointaine, N'entends-tu pas gémir et répondre à ta voix La plainte faible des fontaines?

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