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Chapitre 21 Vingt et unième lettre

Cinq heures du matin.
Votre lettre a fait tressaillir jusqu’aux fibres les plus secrètes de mon cœur.
Ah ! quelle destinée est la nôtre ! Vous m’offrez le bonheur cherché, attendu, désiré pendant toute ma vie, et je ne puis accepter ce bonheur.

Isabelle ! Isabelle ! vous êtes gentilfemme comme je suis gentilhomme. Une promesse, une simple promesse faite aux hommes nous engagerait, à plus forte raison un serment fait à Dieu.

N’essayez pas de vous faire illusion. Vos vœux sont bien réels et Dieu n’admet pas de pareilles subtilités.

Il n’y a donc plus pour nous qu’un seul avenir, celui dans lequel le malheur nous a poussés. Vous m’avez montré la route sainte en y entrant la première. Je vous suis ; nous arriverons ensemble, puisque nous poursuivons le même but. Je prierai pour vous, vous prierez pour moi. Chacun mettra dans sa prière une ardeur qu’il ne mettait pas pour lui-même, et la vie éternelle avec l’éternel amour nous sera donnée par le Seigneur, au lieu de l’amour périssable, au lieu de la vie mortelle.

Et ne croyez point, parce que je vous dis cela, que je vous aime moins que vous ne m’aimez. Non, je ne vous aime pas davantage, je le sais ; mais je vous aime avec la force d’un homme d’autant plus fort qu’il est tombé de plus haut et que la chute a été plus profonde, et qui, s’étant relevé après avoir touché la mort de la main, a rapporté du tombeau ce visage pâle que donnent à ceux qui les ont eues les révélations d’une autre vie.

Croyez-moi donc, Isabelle, plus je vous aime et plus j’insisterai sur ce point. Ne risquez pas votre salut éternel sur un sophisme. La vie de ce monde est à l’éternité ce que la seconde est à un siècle. Nous vivons une seconde sur la terre, nous vivons une éternité près de Dieu.

Puis, d’ailleurs, écoutez bien ceci, ma fiancée dans ce monde et dans l’autre : le pouvoir qui lie a le droit de délier, et c’est Dieu qui a voulu cela pour que le désespoir ne pût pas entrer dans un cœur trompé comme l’a été le vôtre. Urbain VIII est pape, votre famille a de puissantes alliances en Italie. Obtenez la rupture de vos vœux. Ce jour-là, Isabelle, dites-moi : Je suis libre… et alors, alors… oh ! je n’ose pas penser à ce bonheur des anges, à cette félicité sans remords qui nous est réservée !

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