‹ La colombeChapitre 25 sur 45 · Chapitre 27 Vingt-septième lettre

Chapitre 27 Vingt-septième lettre

Quatre heures.
Le médecin est un bon et excellent homme ; il a compris que dans certaines situations mystérieuses de la vie, l’existence d’une colombe était aussi précieuse que l’existence d’un roi. Il a compris cela en voyant mon désespoir ; il a compris cela en voyant la lettre ensanglantée.

La blessure n’est rien par elle-même ; dans trois jours elle eût été guérie, s’il lui eût coupé l’aile.

Mais je m’y suis opposée ; je suis tombée à genoux devant lui, et je lui ai dit :

— Cette aile que vous voulez abattre, ma vie y est attachée. Il faut qu’elle vole ! il faut qu’elle vole !

— Ceci, m’a-t-il dit, c’est plus difficile, et je ne saurais en répondre ; mais du moins je ferai tout pour cela. En tout cas, ce ne serait que dans quinze jours ou trois semaines qu’elle volerait.

— Soit, dans quinze jours ou trois semaines ; mais qu’elle vole ! qu’elle vole !

Vous comprenez bien, mon ami, tout mon espoir est là.

On a lui attaché l’aile contre le corps ; il semble qu’elle comprenne cela, pauvre petite ; elle ne fait aucun mouvement ; seulement, elle me regarde.

J’ai mis à portée de son bec et l’eau et le grain. D’ailleurs, elle a ma main où prendre sa nourriture.

Que faire, en attendant, pour que vous sachiez ce qui est arrivé ? Quel messager vous envoyer qui vous trouve ? vers quel point du ciel me tourner, pour faire, comme le naufragé perdu au milieu de l’Océan, mon signal de détresse ?

Pourquoi n’est-ce pas un de mes bras qui a été brisé, au lieu d’une de ses ailes ?

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