‹ La colombeChapitre 26 sur 45 · Chapitre 28 Vingt-huitième lettre

Chapitre 28 Vingt-huitième lettre

Juin.
Oui, tu avais raison, mon bien-aimé, je le sens, si je n’eusse obtenu la rupture de mes vœux, il y aurait toujours eu un remords au fond de notre bonheur, ou plutôt il n’y aurait pas eu de bonheur, puisque ce bonheur, Dieu ne l’eût pas sanctionné ! Quand je te disais : « Je suis libre, nous fuirons ensemble, nous serons heureux », je voulais oublier ; mais, au fond de mon âme, une voix se lamentait, qui, si forte que fût celle de mon amour, la faisait taire parfois.

Aujourd’hui, je suis bien malheureuse, puisque je ne sais comment te retrouver, te revoir ; mais ma conscience est tranquille ; mais quand je dis, quand je répète : « Je t’aime, mon fiancé », je ne sens plus au cœur cette douleur aiguë que j’y ressentais, même au moment où je te disais : « Sois tranquille, mon bien-aimé, nous serons heureux ».

J’ai veillé notre pauvre colombe comme j’aurais veillé une sœur malade. Elle souffre beaucoup, et de temps en temps, ferme les yeux de douleur. Je laisse tomber goutte à goutte de l’eau glacée sur son aile, et cela semble lui faire du bien. Elle me caresse avec son bec rose comme pour me remercier. Pauvre colombe ! elle ne se doute pas de ce qu’il y a d’égoïsme dans les soins que je lui donne.

Mais toi, toi, que dois-tu penser, mon Dieu !

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