‹ La colombeChapitre 28 sur 45 · Chapitre 30 Trentième lettre

Chapitre 30 Trentième lettre

5 juillet.

Oh ! si tu savais, pauvre bien-aimé de mon cœur, tout ce que je t’ai écrit depuis quinze jours ! Il y a là, vois-tu, tout un monde de pensées, de désirs, d’espérances, de regrets et de souvenirs ! Si jamais nous nous retrouvons, hélas ! hélas ! Dieu le veuille, comme je l’en prie ardemment le jour, la nuit surtout ; si jamais nous nous retrouvons, tu liras tout cela, et alors, seulement alors, je te le jure, tu comprendras combien tu étais aimé !

Si nous ne nous revoyons pas… oh ! toutes les tortures de l’enfer sont dans cette crainte… eh bien ! c’est moi qui relirai ces lettres, c’est moi qui y ajouterai chaque jour un feuillet plus désespéré que celui de la veille, c’est moi qui mourrai sur le dernier en t’écrivant : Je t’aime !

Oh ! moi qui croyais avoir épuisé pour toi toutes les angoisses et toutes les joies de mon cœur ; oh ! je sens qu’il y a encore dans l’avenir des abîmes de joies ou de douleurs que je n’avais pas même entrevus !

Demain ! Pourquoi ma main tremble-t-elle si fort en écrivant ce mot ? c’est que demain sera le jour qui va décider de ma vie ; demain je verrai si la colombe peut voler. Il y a trois jours déjà qu’elle est sortie de son panier, qu’elle étend ses ailes, qu’elle s’essaye dans ma chambre, qu’elle vole de la porte à la fenêtre. On dirait qu’elle comprend, la pauvre petite, de quelle importance est, pour nous deux, qu’elle retrouve toute la puissance de son aile.

Demain ! demain ! demain !

J’écrirai un billet bien court pour ne pas la charger d’un poids inutile. Quatre mots seulement, mais qui te diront tout.

À demain donc, mon bien-aimé ! je vais passer la nuit en prières. Je n’essayerai pas même de dormir, ce serait chose parfaitement inutile. Que fais-tu, toi, mon Dieu ! te doutes-tu seulement combien je t’aime et combien je souffre ?

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