Chapitre 38 Trente-huitième lettre
18 juillet.
Voilà trois jours que j’erre presque au hasard, contournant des bois, longeant des ruisseaux. Hélas ! l’air n’a pas tous les obstacles que m’oppose la terre. La colombe passait là où je suis forcée de m’arrêter parfois. Je te l’avoue, ô mon bien-aimé ! le courage et les forces me manquent à la fois, et je me couche au pied de quelque arbre, mourante, désespérée.
Il y a déjà onze jours que je suis partie, et j’ai fait à peine quinze ou dix-huit lieues, ce qu’elle faisait en une heure elle, quand elle était notre messagère d’amour, et qu’elle passait rapide comme la flèche au-dessus de ces misérables reptiles qui s’intitulent les rois de la création, qui n’ont pas l’instinct d’un oiseau, et qui mettent onze jours à faire le chemin qu’une colombe fait dans une heure.
Dis-moi, comment se fait-il qu’une misérable aiguille aimantée sache où est le nord, et que moi, moi, une créature vivante, pensante, agissante, faite à l’image du Créateur, je ne sache pas où tu es ?
Comment se fait-il qu’un vaisseau qui part d’un point du monde, aille à l’autre bout de ce monde retrouver une île au milieu de l’Océan et que moi, moi, je ne puisse te retrouver, toi vers lequel je n’ai pour ainsi dire qu’à étendre les bras ?
Oh ! je le sens bien, mon Dieu, si je veux le retrouver, ce n’est pas vers lui qu’il faut que j’étende les bras, c’est vers vous !
Mon Dieu, soutenez-moi ! mon Dieu, conduisez-moi ! mon Dieu, guidez-moi !
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