‹ La Comtesse de CharnyChapitre 181 sur 186 · 2 · 95

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Monsieur Edgeworth de Firmont était le confesseur de madame Élisabeth.

Il y avait déjà près de six semaines que le roi, prévoyant la condamnation qui venait de le frapper, avait demandé à sa sœur des conseils sur le choix du prêtre qui devait l’accompagner à ses derniers moments, et madame Élisabeth avait, en pleurant, conseillé à son frère de s’arrêter à l’abbé de Firmont.

Ce digne ecclésiastique, Anglais d’origine, avait échappé au massacre de septembre et s’était retiré à Choisy-le-Roi, sous le nom d’Essex. Madame Élisabeth connaissait sa double adresse, et l’ayant fait prévenir à Choisy, elle espérait qu’au moment de la condamnation il se trouverait à Paris. Elle ne se trompait pas.

L’abbé Edgeworth avait reçu la mission avec une joie résignée, car il ne se dissimulait pas le danger que courait un prêtre non assermenté à accompagner le roi à l’échafaud.

Aussi, le 21 décembre 1792, écrivait-il à un de ses amis d’Angleterre :

« Mon malheureux maître a jeté les yeux sur moi pour le disposer à la mort. Si l’iniquité de son peuple va jusqu’à commettre ce parricide, je me prépare moi-même à mourir, car je suis convaincu que la fureur populaire ne me laissera pas survivre une heure à cette horrible scène. Mais je suis résigné, ma vie n’est rien si, en la perdant, je pouvais sauver celui que Dieu a placé pour la ruine et la résurrection de plusieurs ; j’en ferais volontiers le sacrifice et ne serais pas mort en vain. »

Tel était l’homme qui ne devait plus quitter Louis XVI qu’au moment où celui-ci quitterait la terre pour le ciel.

Le roi le fit entrer dans son cabinet et s’y enferma avec lui.

Àhuit heures du soir, il sortit de son cabinet, et s’adressant aux commissaires :

— Messieurs, dit-il, ayez la bonté de me conduire à ma famille. — Cela ne se peut pas, répondit un des commissaires, mais on va la faire descendre si vous le désirez. — Soit, répondit le roi, pourvu que je puisse la voir dans ma chambre, librement et sans témoin. — Pas dans votre chambre, répondit le même municipal, mais dans la salle à manger ; nous venons d’arrêter cela avec le ministre de la justice. — Cependant, dit le roi, vous avez entendu que le décret de la Convention me permet de la voir sans témoin. — Cela est vrai, vous serez en particulier, on fermera la porte ; mais par le vitrage nous aurons les yeux sur vous. — C’est bien, faites descendre ma famille.

Les municipaux sortirent, le roi passa dans la salle à manger. Cléry l’y suivit, rangeant la table de côté, poussant les chaises au fond pour donner de l’espace.

— Cléry, dit le roi, apportez un peu d’eau et un verre, au cas où la reine aurait soif.

Il y avait sur la table une de ces carafes d’eau glacée qu’un membre de la commune avait reprochée au roi. Cléry n’apporta donc qu’un verre.

— Apportez de l’eau ordinaire, dit le roi ; si la reine buvait de l’eau glacée, comme elle n’y est pas habituée, cela pourrait lui faire mal. Puis, attendez, Cléry, dites en même temps à monsieur de Firmont de ne point sortir de mon cabinet. Je craindrais que sa vue ne fit une trop grande impression sur ma famille.

Àhuit heures et demie la porte s’ouvrit. La reine venait la première, tenant son fils par la main ; ensuite madame Royale et madame Élisabeth.

Le roi ouvrit ses bras. Les deux femmes et les deux enfants s’y jetèrent en pleurant. Cléry sortit et ferma la porte.

Pendant quelques minutes, il se fit un silence, interrompu seulement par des sanglots. Puis la reine fit un mouvement pour entraîner le roi dans sa chambre.

— Non, dit-il en la retenant, je ne puis vous voir qu’ici.

La reine et la famille royale avaient appris par des colporteurs la sentence rendue, mais elles ignoraient tous les détails.

Alors le roi leur raconta ce qu’il savait, excusant ceux qui le faisaient mourir, et montrant à la reine que ni Pétion, ni Manuel n’avaient voté pour la mort immédiate.

La reine écoutait, et chaque fois qu’elle voulait parler, éclatait en sanglots.

Dieu donnait un dédommagement au pauvre prisonnier ; il le faisait, à sa dernière heure, adorer de tout ce qui l’entourait.

Comme on l’a pu voir dans la partie romanesque de cet ouvrage, la reine se laissait facilement entraîner au côté pittoresque de la vie. Elle avait cette vive imagination qui, bien plus que le tempérament matériel, fait les femmes imprudentes. La reine fut imprudente toute sa vie.

Mais pendant sa captivité au Temple, elle revint plus que jamais aux pures et saintes affections de la famille, et, comme elle ne savait rien faire que passionnément, elle en vint à aimer passionnément dans le malheur cet homme dont, aux jours de la félicité, elle n’avait vu que les côtés vulgaires. Varennes et le 10 août lui avaient montré le roi comme un homme sans initiative, sans résolution. Au Temple, elle commença de s’apercevoir qu’à la fin, non-seulement la femme avait mal jugé son mari, mais aussi la reine mal jugé le roi. Au Temple, elle le vit calme, patient aux outrages, doux et ferme comme un Christ : tout ce qu’elle avait des sécheresses mondaines s’amollit, se fondit et tourna au profit des bons sentiments. De même qu’elle avait trop dédaigné, elle aima trop.

— Hélas ! dit le roi à monsieur de Firmont, faut-il que j’aime tant, et sois si tendrement aimé !

Aussi, dans cette dernière entrevue, la reine se laissa-t-elle entraîner à un sentiment qui ressemblait à du remords. Elle avait voulu conduire le roi dans sa chambre pour rester un instant seule avec lui. Lorsqu’elle vit que c’était chose impossible, elle attira le roi dans l’embrasure d’une fenêtre.

Là, sans doute, allait-elle tomber à ses pieds et, au milieu des larmes et des sanglots, lui demander pardon. Le roi comprit tout, l’arrêta, et tirant son testament de sa poche :

— Lisez ceci, ma bien-aimée femme, dit-il.

La reine lut à demi voix, puis elle prit les mains du roi et les baisa.

Ainsi elle mourrait en paix, la pauvre reine ; son amour pour le roi, si tardif qu’il fût, lui valait la miséricorde divine et humaine.

Qui oserait reprocher quelque chose à celle qui allait se présenter à la postérité doublement couronnée, et de l’auréole du martyr, et du pardon de son époux ?

Elle sentit cela. Elle comprit qu’à partir de ce moment elle était forte devant l’histoire ; mais elle n’en devint que plus faible en face de celui qu’elle aimait si tard, elle sentait bien qu’elle ne l’avait point aimé assez.

Ce n’étaient plus des larmes, ce n’étaient plus des paroles qui s’échappaient de la poitrine de la malheureuse femme, c’étaient des sanglots, c’étaient des cris entrecoupés. Elle disait qu’elle voulait mourir avec son mari, et que, si on lui refusait cette grâce, elle se laisserait mourir de faim.

Les municipaux qui ne pouvaient rien entendre, mais qui devinaient aux gestes que c’était celui qui allait mourir qui consolait ceux qui survivaient, les municipaux n’y purent tenir ; ils détournèrent d’abord les yeux ; puis, comme ne voyant plus ils entendaient encore les gémissements, ils se laissèrent franchement redevenir hommes et fondirent en larmes.
ADIEUX DE LOUIS XVI À SA FAMILLE.

Cette scène de douleur dura sept quarts d’heure.

Enfin, à dix heures un quart, le roi se leva le premier. Alors, femme, sœur, enfants s’attachèrent à lui comme les fruits après un arbre. Le roi et la reine tenaient chacun le dauphin par une main ; madame Royale, à la gauche de son père, le tenait embrassé par le milieu du corps ; madame Élisabeth, du même côté que sa nièce, mais un peu plus en arrière, avait saisi le bras du roi ; la reine, et c’était elle qui avait droit à plus de consolations, car c’était elle la moins pure ; la reine avait le bras passé autour du cou de son mari, et tout ce groupe douloureux marchait d’un même mouvement, poussant des gémissements, des sanglots, des cris, au milieu desquels on n’entendait que ces mots :

— Nous nous reverrons, n’est-ce pas ? — Oui, oui, soyez tranquille. — Demain matin, demain à huit heures, n’est-ce pas ? — Je vous le promets. — Mais pourquoi pas à sept heures, demanda la reine ? — Eh bien ! oui, à sept heures, dit le roi ; mais… adieu ! adieu !

Et il prononça cet adieu d’une voix si expressive, que l’on sentit que ses forces étaient épuisées.

Il en était ainsi de celles de madame Royale ; elle poussa un soupir et se laissa aller sur le carreau. Elle était évanouie. Madame Élisabeth et Cléry la relevèrent.

Le roi sentit que c’était à lui d’être fort. Il s’arracha des bras de la reine et du dauphin et rentra dans sa chambre en criant :

— Adieu ! adieu !

Puis il referma la porte derrière lui.

La reine, toute sanglotante, alla se coller à cette porte, n’osant demander au roi de la rouvrir ; mais pleurant, mais sanglotant, mais frappant le panneau de sa main étendue.

Le roi eut le courage de ne pas sortir.

Les municipaux invitèrent alors la reine à se retirer, en lui réitérant l’annonce déjà reçue qu’elle pourrait voir le lendemain son mari à sept heures du matin.

Cléry voulait reporter madame Royale, toujours évanouie, jusque chez la reine. Mais, à la seconde marche, les municipaux l’arrêtèrent et le forcèrent de rentrer.

Le roi avait rejoint son confesseur dans le cabinet de la tourelle, et se faisait raconter par lui, pour faire diversion à la scène qui venait de se passer, la manière dont il avait été amené au Temple.

Ce récit pénétra-t-il dans son esprit, ou les mots confus bourdonnèrent-ils seulement à son oreille, éteints qu’ils étaient par ses propres pensées, c’est ce que personne ne peut dire. En tout cas, voici ce que raconta l’abbé :

« Prévenu par monsieur de Malesherbes, qui lui avait donné rendez-vous chez madame de Senozan, que le roi devait avoir recours à lui s’il était condamné à la peine de mort, l’abbé Edgeworth, au risque du danger qu’il courrait, était revenu à Paris ; et, connaissant la sentence rendue le dimanche matin, attendait rue du Bac.

Àquatre heures du soir, un inconnu s’était présenté chez lui et lui avait remis un billet du conseil exécutif conçu en ces termes :

« Le conseil exécutif ayant une affaire de la plus haute importance à communiquer au citoyen Edgeworth de Firmont, l’invite à passer au lieu de ses séances. »

L’inconnu avait ordre d’accompagner le prêtre. Une voiture l’attendait à la porte. L’abbé descendit et partit avec l’inconnu. La voiture s’arrêta aux Tuileries.

L’abbé trouva les ministres en conseil. À sa vue ils se levèrent.

— Êtes-vous l’abbé Edgeworth de Firmont ? demanda Garat. — Oui, répondit celui-ci. — Eh bien ! Louis Capet, continua le ministre de la justice, nous ayant témoigné le désir de vous avoir près de lui dans ses derniers moments, nous vous avons mandé pour savoir si vous consentez à lui rendre ce service qu’il exige de vous. — Puisque le roi m’a désigné répondit le prêtre, c’est mon devoir de lui obéir. — En ce cas, avait dit le ministre, vous allez venir avec moi au Temple, car je m’y rends de ce pas.

Et il avait emmené avec lui l’abbé dans sa voiture.

Nous avons vu comment celui-ci, après avoir rempli les formalités d’usage, était parvenu jusqu’au roi.

Un instant après, le roi avait été appelé par sa famille. Puis il était revenu près de l’abbé Edgeworth et lui avait demandé les détails que nous venons de dire. Le récit achevé :

— Monsieur, dit le roi, oublions tout maintenant pour songer à la grande et unique affaire de mon salut. — Sire, répondit l’abbé, je suis prêt à faire de mon mieux, et j’espère que Dieu suppléera à mon peu de mérite. Mais ne trouvez-vous pas d’abord que ce vous serait une grande consolation que d’entendre la messe et de communier ? — Oui, sans doute, dit le roi, et croyez que je sentirais tout le prix d’une pareille grâce. Mais comment vous exposer à ce point ? — Cela me regarde, sire, et je tiens à prouver à Votre Majesté que je suis digne de l’honneur qu’elle m’a fait en me choisissant pour son soutien. Que le roi me donne carte blanche et je réponds de tout. — Allez donc, Monsieur, dit-il.

Puis, en secouant la fête :

— Allez, répéta-t-il, mais vous ne réussirez pas.

L’abbé Edgeworth s’inclina et sortit, demandant à être conduit à la salle du conseil.

— Que voulez-vous encore, demandèrent les municipaux ? — Celui qui va mourir demain, dit l’abbé Edgeworth, désire avant de mourir entendre la messe et se confesser.

Les municipaux se regardèrent tout étonnés ; il ne leur était pas même venu à l’idée qu’on pût leur faire une pareille demande.

— Et où diable ! demandèrent-ils, trouver un prêtre et des ornements d’église à cette heure-ci ? — Le prêtre est tout trouvé, dit l’abbé Edgeworth, puisque me voici. Quant aux ornements, l’église la plus voisine en fournira ; il ne s’agit que de les envoyer chercher.

Les municipaux hésitaient. — Mais dit l’un d’eux ; si c’était un piége ? — Quel piége ? demanda l’abbé. — Si, sous prétexte de faire communier le roi, vous alliez l’empoisonner ?

L’abbé Edgeworth regarda fixement celui qui venait d’émettre ce doute.

— Écoutez donc, continua le municipal, l’histoire nous fournit assez d’exemples à cet égard pour nous engager d’être circonspects. — Monsieur, dit l’abbé, j’ai été fouillé assez exactement en entrant ici pour que l’on soit sûr que je n’ai pas de poison. Si donc j’en ai demain, c’est de vous que je l’aurai reçu, puisque tout ce que je demande doit passer par vos mains.

On convoqua les membres absents et l’on délibéra.

Sa demande fut accordée à deux conditions : la première, c’est que l’abbé dresserait une demande qu’il signerait de son nom ; la seconde, que la cérémonie serait terminée le lendemain à sept heures au plus tard, le prisonnier devant, à huit heures précises, être conduit au lieu de son exécution.

L’abbé fit sa demande par écrit et la laissa sur le bureau. Puis il fut ramené près du roi auquel il annonça cette pieuse nouvelle, que sa demande était accordée.

Il était dix heures, l’abbé Edgeworth resta enfermé avec le roi jusqu’à minuit. À minuit, le roi lui dit :

— Monsieur l’abbé, je suis fatigué, je voudrais dormir ; j’ai besoin de forces pour demain.

Puis il appela deux fois :

— Cléry !… Cléry !

Cléry entra, déshabilla le roi, et voulut lui rouler les cheveux ; mais celui-ci avec un sourire :

— Ce n’est point la peine, dit-il.

Puis il se coucha, et comme Cléry tirait les rideaux :

— Vous m’éveillerez à cinq heures.

Àpeine la tête sur l’oreiller, le prisonnier s’endormit, tant étaient puissants sur cet homme les besoins matériels.

Monsieur de Firmont se jeta sur le lit de Cléry. Cléry passa la nuit sur une chaise.

Cléry dormit d’un sommeil plein de soubresauts et de terreur, aussi entendit-il sonner cinq heures. Il se leva aussitôt et commença d’allumer le feu. Au bruit qu’il fit, le roi s’éveilla.

— Eh ! Cléry ! demanda-t-il, cinq heures sont-elles donc sonnées ? — Sire, répondit celui-ci, elles le sont à plusieurs horloges, mais pas encore à la pendule.

Alors Cléry s’approcha du lit.

— J’ai bien dormi, dit le roi ; j’en avais besoin ; la journée d’hier m’a horriblement fatigué. Où est monsieur de Firmont ? — Sur mon lit, sire. — Sur votre lit ! et où avez-vous passé la nuit, vous ? — Sur cette chaise. — J’en suis fâché, vous avez dû être mal. — Oh ! sire, dit Cléry, pouvais-je penser à moi dans un pareil moment ! — Ah ! mon pauvre Cléry, dit le roi.

Et il lui tendit la main que le valet de chambre embrassa en pleurant.

Alors, pour la dernière fois, le fidèle serviteur commença d’habiller le roi. Il avait préparé un habit brun, une culotte de drap gris, des bas de soie gris et une veste piquée en forme de gilet. Le roi habillé, Cléry le coiffa.

Pendant ce temps, Louis XVI ôta de sa montre un cachet, le mit dans la poche de sa veste, déposa sa montre sur la cheminée, puis tirant un anneau de son doigt il le mit dans la même poche où était le cachet.

Au moment où Cléry lui passa son habit, qui se trouva être le même qu’il portait la veille, le roi en retira son portefeuille, sa lorgnette, sa tabatière, et les posa sur la cheminée avec sa bourse ; tous ces préparatifs se faisaient devant les municipaux, qui étaient entrés dans la chambre du roi dès qu’ils y avaient vu de la lumière. La demie après cinq heures sonna.

— Cléry, dit le roi, éveillez monsieur de Firmont.

Monsieur de Firmont était éveillé et levé, il entendit l’ordre donné à Cléry, et entra.

Le roi le salua d’un signe, et le pria de le suivre dans son cabinet ; pendant ce temps, Cléry préparait l’autel. C’était la commode de la chambre recouverte d’une nappe.

Quant aux ornements de l’église et aux vêtements du prêtre, on les avait trouvés, comme l’avait dit l’abbé Edgeworth, dans la première église à laquelle on s’était adressé. Cette église était celle des capucins du Marais, près l’hôtel de Soubise.

L’autel préparé, Cléry alla prévenir le roi.

— Pourrez-vous servir la messe ? lui demanda Louis. — Je l’espère, répondit Cléry, seulement je ne sais pas les répons par cœur.

Alors le roi donna à Cléry un livre de messe qu’il ouvrit à l’Introït.

Monsieur de Firmont était déjà dans la chambre de Cléry où il s’habillait.

Cléry avait placé devant l’autel un fauteuil et mis un grand coussin devant le fauteuil ; mais le roi le lui fit ôter et en alla chercher un lui-même, plus petit et garni de crin, dont il se servait ordinairement pour dire ses prières.

Dès que le prêtre rentra, les municipaux, qui sans doute craignaient d’être souillés par le contact d’un homme d’église, se retirèrent dans l’antichambre.

Il était six heures, la messe commença. Le roi l’entendit d’un bout à l’autre à genoux et avec le plus profond recueillement.

Après la messe, le roi communia, et l’abbé Edgeworth, le laissant à ses prières, alla dans la chambre voisine se dévêtir des habits sacerdotaux.

Le roi profita de ce moment pour remercier Cléry et lui faire ses adieux, puis il rentra dans son cabinet.

Monsieur de Firmont l’y rejoignit : Cléry s’assit sur son lit et se mit à pleurer.

Àsept heures le roi sortit du cabinet et appela Cléry. Cléry accourut.

Le roi le conduisit dans l’embrasure d’une fenêtre et lui dit :

— Vous remettrez ce cachet à mon fils et cet anneau à ma femme ; dites-leur bien que je les quitte avec peine. Ce petit paquet renferme des cheveux de toute notre famille, vous les leur remettrez aussi. — Mais, demanda Cléry, ne les reverrez-vous pas, sire ?

Le roi hésita un instant, comme si son cœur l’abandonnait pour aller près d’elle. Puis :

— Non, dit-il, décidément, non. J’avais promis, je le sais, de les voir ce matin, mais je veux leur épargner la douleur d’une situation si cruelle. Cléry, si vous les revoyez, vous leur direz combien il m’en a coûté de partir sans recevoir leurs derniers embrassements…

Àces mots il essuya ses larmes. Puis avec le plus douloureux accent :

— Cléry, vous leur ferez mes derniers adieux, n’est-ce pas ?

Et il rentra dans son cabinet.

Les municipaux avaient vu le roi remettre à Cléry les différents objets que nous avons dit. Un d’eux les réclama, mais un autre proposa d’en laisser Cléry dépositaire jusqu’à la décision du conseil. Cette proposition prévalut.

Un quart d’heure après, le roi sortit de nouveau de son cabinet. Cléry se tenait là, à ses ordres.

— Cléry, dit-il, demandez si je puis avoir des ciseaux.

Et il rentra.

— Le roi peut-il avoir des ciseaux ? demanda Cléry aux municipaux. — Qu’en veut-il faire ? — Je n’en sais rien. — Demandez-le lui.

Un des municipaux entra dans le cabinet ; il trouva le roi à genoux devant monsieur de Firmont.

— Vous avez demandé des ciseaux, dit-il, qu’en voulez-vous faire ? — C’est pour que Cléry me coupe les cheveux, répondit le roi.

Le municipal descendit à la chambre du conseil.

On délibéra une demi-heure, et au bout d’une demi-heure on refusa. Le municipal remonta.

— Le conseil a refusé, dit-il. — Je n’eusse point touché les ciseaux, dit le roi, et Cléry m’eût coupé les cheveux en votre présence. Voyez encore, Monsieur, je vous prie.

Le municipal descendit de nouveau au conseil, exposa de nouveau la demande du roi ; mais le conseil persista dans son refus.

Un municipal s’approcha alors de Cléry, et lui dit :

— Je crois qu’il est temps que tu te disposes à accompagner le roi sur l’échafaud. — Pourquoi faire, mon Dieu ? demanda Cléry tout tremblant. — Mais pour lui ôter ses habits, parbleu, n’es-tu pas son valet de chambre ? — Eh ! non, dit un autre, le bourreau est assez bon pour cela.

Le jour commençait de paraître ; la générale était battue dans toutes les sections de Paris. Ce mouvement et ce bruit retentissaient jusque dans la tour, et glaçaient le sang dans les veines de l’abbé de Firmont et de Cléry.

Mais le roi, plus calme qu’eux, prêta un instant l’oreille, et dit sans s’émouvoir :

— C’est probablement la garde nationale que l’on commence à rassembler.

Quelque temps après, les détachements de cavalerie entrèrent dans la cour du Temple. On entendit le piétinement des chevaux et la voix des officiers.

Le roi écouta de nouveau et avec le même calme :

— Il y a apparence qu’ils approchent, dit-il.

De sept à huit heures du matin on vint, sous différents prétextes, frapper plusieurs fois à la porte du cabinet du roi, et à chaque fois monsieur Edgewortd tremblait que ce ne fût la dernière.

Mais à chaque fois le roi se levait sans émotion aucune, allait à la porte, répondait tranquillement aux personnes qui venaient l’interrompre, et revenait s’asseoir près de son confesseur.

Monsieur Edgeworth ne voyait pas les gens qui venaient ainsi, mais il entendait. Une fois il entendit un des interrupteurs qui disait au prisonnier.

— Oh ! oh ! tout cela c’était bon quand vous étiez roi, mais vous ne l’êtes plus.

Le roi revint avec le même visage, seulement il dit :

— Voyez comme ces gens-là me traitent, mon père ; mais il faut savoir tout souffrir.

On frappa de nouveau, et de nouveau le roi alla à la porte ; cette fois il revint en disant :

— Ces gens-là voient des poignards et du poison partout. Ils me connaissent bien mal. Me tuer serait une faiblesse, on croirait que je ne sais pas mourir.

Enfin, à neuf heures, le bruit augmentant, les portes s’ouvrirent avec fracas. Santerre entra accompagné de sept ou huit municipaux et de dix gendarmes qu’il rangea sur deux lignes.

Àce mouvement, sans que l’on frappât au cabinet, le roi en sortit.

— Vous venez me chercher ? dit-il. — Oui, Monsieur. — Je demande une minute.

Et il rentra en refermant la porte.

— Pour cette fois, tout est fini, mon père, dit-il en revenant se jeter aux genoux de l’abbé de Firmont ; donnez-moi donc votre dernière bénédiction et priez Dieu qu’il me soutienne jusqu’à la fin.

La bénédiction donnée, le roi se releva, et ouvrant la porte du cabinet, il s’avança vers les municipaux et les gendarmes qui étaient au milieu de la chambre à coucher : tous avaient leur chapeau sur la tête.

— Mon chapeau, Cléry, demanda le roi.

Cléry, tout en larmes, s’empressa d’obéir.

— Y a-t-il parmi vous, demanda le roi, quelque membre de la commune ? vous, je crois ?

Et il s’adressait en effet à un municipal nommé Jacques Roux, prêtre assermenté.

— Que me voulez-vous ? demanda celui-ci.

Le roi tira son testament de sa poche.

— Je vous prie, dit-il, de remettre ce papier à la reine… à ma femme. — Nous ne sommes pas venus ici pour prendre tes commissions, répondit Jacques Roux, mais pour te conduire à l’échafaud.

Le roi reçut l’injure avec la même humilité qu’eût fait le Christ, et avec la même douceur que l’homme-Dieu ; se tournant vers un autre municipal, nommé Gobeau :

— Et vous, Monsieur, demanda-t-il, me refuserez-vous aussi ?

Et comme il paraissait hésiter :

— Oh ! dit le roi, vous pouvez en prendre lecture, il y a même des dispositions que je désire que connaisse la commune.

Le municipal le prit.

Alors voyant Cléry, qui, craignant, comme le valet de chambre de Charles I, que son maître tremblât de froid et qu’on crût que c’était de peur, voyant, disons-nous, Cléry qui lui présentait non-seulement le chapeau qu’il avait demandé, mais encore sa redingote :

— Non, Cléry, dit-il, donnez-moi seulement mon chapeau.

Cléry donna le chapeau au roi, qui profita de cette occasion pour lui serrer la main une dernière fois.

Alors, de ce ton de commandement qu’il avait si rarement pris dans sa vie :

— Partons, Messieurs, dit-il.

Ce furent les dernières paroles qu’il prononça dans sa prison.

Sur l’escalier, il rencontra le concierge de la tour, Mathay, que la surveille il avait trouvé assis devant son feu, et qu’il avait d’une voix un peu rude prié de lui céder sa place :

— Mathay, dit-il, j’ai été avant-hier un peu vif avec vous, ne m’en veuillez pas.

Mathay lui tourna le dos sans répondre.

Le roi traversa la première cour à pied, et en traversant cette cour se retourna deux ou trois fois pour dire adieu du regard à son seul amour, à sa femme, à sa seule amitié, à sa sœur, à sa seule joie, à ses enfants.

Àl’entrée de la cour se trouvait une voiture de place peinte en vert ; deux gendarmes en tenaient la portière. À l’approche du roi, un d’eux y entra le premier et se plaça sur le devant, le roi monta ensuite et fit signe à monsieur Edgeworth de se placer près de lui dans le fond. L’autre gendarme y sauta le dernier et ferma la portière.

Deux bruits coururent alors : le premier, c’est que l’un de ces deux gendarmes était un prêtre déguisé ; le second, c’est que tous deux avaient reçu l’ordre d’assassiner le roi à la première tentative qui serait faite pour l’enlever ; ni l’une ni l’autre de ces deux assertions ne reposa sur une base solide.

Àneuf heures un quart la voiture partit.

Un mot encore sur la reine, sur madame Élisabeth et sur les deux enfants que le roi avait, en partant, salué de ses derniers regards à travers les murs de leur prison.

La veille au soir, après l’entrevue douce et terrible à la fois, la reine avait à peine eu la force de déshabiller et de coucher le dauphin. Elle s’était, toute vêtue, jetée sur son lit, et pendant cette longue nuit d’hiver madame Élisabeth et madame Royale l’avaient entendue grelotter de froid et de douleur.

Àsix heures un quart, la porte des princesses s’était ouverte, et l’on était venu chercher un livre de messe.

Alors toute la famille se prépara, croyant, d’après la promesse faite la veille par le roi, qu’elle allait descendre ; mais le temps se passa. La reine et les princesses, toujours debout, entendirent les différentes rumeurs qui avaient laissé le roi calme, mais fait tressaillir le valet de chambre et le confesseur. Elles entendirent le bruit des portes qu’on ouvrait et qu’on refermait ; elles entendirent les cris de la populace qui saluait la sortie du roi ; elles entendirent enfin le bruit décroissant des chevaux et des canons.

La reine alors tomba sur une chaise en disant :

— Il est parti sans nous dire adieu !

Madame Élisabeth et madame Royale tombèrent alors à ses genoux.

Ainsi toutes les espérances s’étaient envolées une à une : d’abord on avait espéré le bannissement et la prison, et cette espérance s’était évanouie ; ensuite un sursis, et cette espérance s’était évanouie ; enfin, on n’espérait plus qu’un coup de main désespéré sur la route, et cette espérance allait s’évanouir encore.

— Mon Dieu ! mon Dieu ! mon Dieu ! criait la reine, et ce dernier appel du désespoir à la divinité était tout ce qu’elle pouvait dire.

La voiture roulait pendant ce temps, et gagnait le boulevard.

Les rues étaient à peu près désertes, les boutiques à moitié fermées ; personne aux portes, personne aux fenêtres.

Un arrêté de la commune défendait à tout citoyen, ne faisant point partie de la milice armée, de traverser les rues qui débouchaient sur le boulevard, ou de se montrer aux fenêtres sur le passage du cortége.

Un ciel bas et brumeux ne laissait voir, au reste, qu’une forêt de piques, au milieu desquelles brillaient quelques rares baïonnettes. En avant de la voiture marchaient les chevaux, et en avant des chevaux une multitude de tambours.

Le roi eût voulu s’entretenir avec son confesseur, mais il ne le pouvait à cause du bruit. L’abbé de Firmont lui prêta son bréviaire, il lut.

Àla porte Saint-Denis il leva la tête : il lui semblait qu’il s’était fait un mouvement dans la foule.

En effet, une dizaine de jeunes gens se précipitant par la rue Beauregard venaient, le sabre à la main, de fendre cette foule en criant :

— À nous ! ceux qui veulent sauver le roi.

Trois mille conjurés devaient répondre à ce signal donné par le baron de Batz, aventurier conspirateur.

Il donna bravement le signal ; mais sur trois mille conjurés, une douzaine seulement répondirent.

Le baron de Batz et ses huit ou dix enfants perdus de la royauté, voyant qu’il n’y avait rien à faire, profitèrent de la confusion causée par leur tentative et se perdirent dans le réseau de rues qui avoisine la porte Saint-Denis.

C’était ce mouvement qui avait tiré le roi de ses prières ; mais il eut si peu d’importance, que la voiture ne s’arrêta même pas.

Quand elle s’arrêta, au bout de deux heures dix minutes, c’est qu’elle était au terme de sa course.

Dès que le roi sentit que le mouvement avait cessé, il se pencha vers l’oreille du prêtre, et dit :

— Nous voilà arrivés, Monsieur, si je ne me trompe.

Le silence de monsieur de Firmont répondit seul.

Au même moment, un des trois frères Sanson, bourreaux de Paris, vint ouvrir la portière. Mais le roi l’arrêta, et posant la main sur le genou de l’abbé de Firmont :

— Messieurs, dit-il d’un ton de maître, je vous recommande Monsieur que voilà ; ayez soin qu’après ma mort il ne lui soit fait aucune injure ; c’est vous que je charge d’y veiller.

Pendant ce temps les deux autres bourreaux s’étaient approchés.

— Oui, oui, répondit l’un d’eux, nous en aurons soin, laissez-nous faire.

Louis descendit. Les valets de bourreaux l’entourèrent alors et voulurent lui ôter son habit ; mais lui les repoussa dédaigneusement et commença de se déshabiller seul.

Un instant le roi resta isolé dans le cercle qu’il s’était fait, jetant son chapeau à terre, ôtant son habit, dénouant sa cravate.

Mais alors les bourreaux se rapprochèrent de lui. L’un d’eux tenait une corde à la main.

— Que voulez-vous ? demanda le roi. — Vous lier, répondit le bourreau qui tenait la corde. — Oh ! pour cela, s’écria le roi, je n’y consentirai jamais, renoncez-y ; faites ce qui vous est commandé, mais vous ne me lierez pas ; non, non, jamais.

Les exécuteurs élevèrent la voix, une lutte corps à corps allait, aux yeux du monde, ôter à la victime le mérite de six mois de calme, de courage et de résignation, lorsqu’un des trois frères Sanson, touché de pitié, mais cependant condamné à exécuter la terrible tâche, s’approcha, et d’un ton respectueux :

— Sire, dit-il, avec ce mouchoir.

Le roi regarda son confesseur. Celui-ci fit un effort pour parler.

— Sire, dit-il, ce sera une ressemblance de plus entre Votre Majesté et le Dieu qui va être votre récompense.

Le roi leva les yeux au ciel avec une suprême expression de douleur.

— Assurément, dit-il, il ne faut pas moins que son exemple pour que je me soumette à un pareil affront.

Et se retournant vers les bourreaux en leur tendant ses mains résignées :

— Faites ce que vous voudrez, dit-il, je boirai le calice jusqu’à la lie.

Les marches de l’échafaud étaient hautes et glissantes ; il les monta soutenu par le prêtre. Un instant celui-ci sentant le poids dont il pesait sur son bras, craignit quelque faiblesse dans ce dernier moment.

Mais arrivé à la dernière marche, il s’échappa pour ainsi dire des mains de son confesseur comme l’âme allait s’échapper de son corps, et courut à l’autre bout de la plate-forme.

Il était fort rouge et n’avait jamais paru si vivant et si animé.

Les tambours battaient, il leur imposa silence du regard. Alors, d’une voix forte, il prononça les paroles suivantes :

— Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute ; je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France. — Battez ! tambours, cria une voix que l’on crut longtemps être celle de Santerre, et qui était celle de monsieur de Beaufranchet, comte d’Oyat, fils de Louis XV et de la courtisane Morphise. C’était l’oncle naturel du condamné.

Les tambours battirent. Le roi frappa du pied.

— Taisez-vous ! cria-t-il d’une voix terrible, j’ai encore à parler.

Mais les tambours continuèrent leur roulement.

— Faites votre devoir, hurlaient les hommes à piques qui entouraient l’échafaud, s’adressant aux exécuteurs.

Ceux-ci se ruèrent sur le roi, qui revint à pas lents vers le couperet, jetant un regard sur ce fer taillé en biseau, dont un an auparavant lui-même avait donné le dessin.

Puis son regard se reporta sur le prêtre qui priait à genoux au bord de l’échafaud.

Il se fit un mouvement informe derrière les deux poteaux de la guillotine, la bascule chavira, la tête parut à la sinistre lucarne, fin éclair brilla, un coup mat retentit, et l’on ne vit plus qu’un large jet de sang.

Alors un des exécuteurs, ramassant la tête, la montra au peuple, tout en aspergeant les bords de l’échafaud du sang royal.

Les hommes à piques, à cette vue, hurlèrent de joie, et se précipitant, trempèrent dans ce sang, les uns leurs piques, les autres leurs sabres, leurs mouchoirs ceux qui en avaient.

Puis ils poussèrent le cri de : Vive la république !

Mais pour la première fois ce grand cri, qui avait fait tressaillir de joie les peuples, s’éteignit sans écho. La république avait au front une de ces taches fatales, qui ne s’effacent jamais. Elle venait, comme l’a dit plus tard un grand diplomate, de commettre bien plus qu’un crime, elle venait de commettre une faute.

Il y eut dans Paris un immense sentiment de stupeur ; chez quelques-uns la stupeur alla jusqu’au désespoir.

Une femme se jeta à la Seine de douleur, un perruquier se coupa la gorge, un libraire devint fou, un ancien officier mourut de saisissement.

Enfin, à l’ouverture de la séance, une lettre fut ouverte par le président. Cette lettre était d’un homme qui demandait que le corps de Louis XVI lui fut remis, pour qu’il l’enterrât près de son père.

Restaient ce corps et cette tête séparés l’un de l’autre. Voyons ce qu’ils devinrent.

Nous ne connaissons pas de récits plus terribles que le texte même d’un procès-verbal. Voici celui qui fut dressé le jour même :

procès-verbal de l’inhumation de louis capet.

« Le 21 janvier 1793, l’an II de la république française, nous, soussignés, administrateurs du département de Paris, chargés de pouvoirs par le conseil général du département, en vertu des arrêtés du conseil exécutif provisoire de la république française, nous sommes transportés à neuf heures du matin en la demeure du citoyen Récaves, curé de Sainte-Madeleine, lequel ayant trouvé chez lui, nous lui avons demandé s’il avait pourvu à l’exécution des mesures qui lui avaient été recommandées la veille par le conseil exécutif et par le département, pour l’inhumation de Louis Capet. Il nous a répondu qu’il avait exécuté de point en point ce qui lui avait été ordonné par le conseil exécutif et par le département, et que tout était à l’instant préparé.

De là, accompagné des citoyens Renard et Damoreau, tous deux vicaires de la paroisse Sainte-Madeleine, chargés par le citoyen curé de procéder à l’inhumation de Louis Capet, nous nous sommes rendus au lieu du cimetière de ladite paroisse, situé rue d’Anjou-Saint-Honoré, où étant, nous avons reconnu l’exécution des ordres par nous signifiés la veille au citoyen curé, en vertu de la commission que nous en avions reçue du conseil général du département.

Peu après a été déposé dans le cimetière, en notre présence, par un détachement de gendarmerie à pied, le cadavre de Louis Capet que nous avons reconnu entier dans tous ses membres, la tête étant séparée du tronc ; nous avons remarqué que les cheveux du derrière de la tête étaient coupés, et que le cadavre était sans cravate, sans habit, et sans souliers. Du reste, il était vêtu d’une chemise, d’une veste piquée en forme de gilet, d’une culotte de drap gris, d’une paire de bas de soie gris.

Ainsi vêtu, il a été placé dans une bière, laquelle a été descendue dans la fosse qui a été recouverte à l’instant, et le tout a été déposé et exécuté d’une manière conforme aux ordres donnés par le conseil exécutif provisoire de la république française, et avons signé avec les citoyens Recaves, Renard et Damoreau, curé et vicaires de Sainte-Madeleine.

« Leblanc, administrateur du département ;

Dubois,administrateur du département ;

Damoreau, Recaves, Renard. »

Ainsi, le 21 janvier 1793, mourut et fut inhumé le roi Louis XVI. Il était âgé de trente-neuf ans cinq mois et trois jours. Il avait régné dix-huit ans. Il était resté prisonnier cinq mois et huit jours.

Son dernier souhait ne fut point accompli, et son sang est non-seulement retombé sur la France, mais sur l’Europe tout entière.

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