Scène IV.
ANGELO, DELIA.
ANGELO, surpris.
Comment, Délia ! toujours jeune et belle ?
DELIA.
Est-ce toi, mon pauvre… Comment donc t’appelles-tu ?
ANGELO.
Tu as oublié jusqu’au nom d’Angelo ?
DELIA.
Angelo Ariani ! c’est la vérité ! Qu’es-tu donc devenu depuis si longtemps que tu as disparu de Rome et de Naples ? Sors-tu de prison ou de maladie ?
ANGELO.
Je sors des ténèbres, et je revois le soleil. J’étais dans l’abîme de la mort, et je bois la vie en te regardant.
DELIA.
Sois prudent. Lupo est mon amant et mon maître.
ANGELO.
Il est jaloux ?
DELIA.
Il est brutal dans la colère et cruel dans la vengeance. Il te tuerait s’il nous trouvait seuls ensemble.
ANGELO.
Je ne le crains pas.
DELIA.
Tu as tort : c’est un homme que nul ne peut vaincre.
ANGELO.
Je le vaincrai, moi. J’allumerai le feu de sa rage, je le forcerai de se perdre.
DELIA.
Tu le hais donc ?
ANGELO.
Oui, si tu l’aimes.
DELIA.
Que veux-tu ! c’est un amant libéral, et, sans la rudesse de son langage…
ANGELO.
Je sais qu’il a toujours l’injure à la bouche, par conséquent la haine dans le cœur.
DELIA.
C’est selon. Il est bon par moments. Il chérit son père.
ANGELO.
Ce vieillard cacochyme que j’ai aperçu là tout à l’heure ?
DELIA.
Le vieux Liverani Montelupo ignore les escapades de son fils ; il ne voit personne, et sa confiance est sans bornes. Mais sauve-toi, voilà Lupo !
(Elle fuit par la gauche.)
ANGELO.
Celui qui est en révolte contre Dieu ne craint aucun homme.