‹ La Coupe, Lupo Liverani, Le Toast, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à ParisChapitre 17 sur 46 · Scène V.

Scène V.

ANGELO, LUPO.

Lupo, qui a vu sortir Délia.

Qui vous a permis d’entrer chez moi sans vous faire annoncer et de parler à ma maîtresse ?

ANGELO.

Prenez garde à qui vous parlez vous-même.

Lupo, surpris.

L’ermite du Vésuve devenu cavalier !

ANGELO.

Le même qui vous a secouru tout à l’heure à l’entrée de la plaine.

LUPO.

Comment ! l’homme masqué qui m’a aidé à regagner ma demeure ?

ANGELO.

Et à disperser les archers…

LUPO.

Silence, ami ! je vous dois l’hospitalité ; mais gardez-moi le secret dans cette maison, parlons bas. Étiez-vous un faux ermite ?

ANGELO.

J’étais pieux et fervent. Désormais j’appartiens à l’enfer que vous servez.

LUPO.

Est-ce une manière de dire que vous voulez faire fortune et servir sous mes ordres ?

ANGELO.

Je veux être obéi comme vous. Associez-moi à votre autorité.

LUPO.

Vous demandez l’impossible. Mes sauvages compagnons refuseraient tout autre commandement que le mien.

ANGELO.

C’est-à-dire que vous refusez le secours d’un homme intelligent : vous ne voulez conduire que des brutes !

LUPO.

Nous faisons un métier de brutes. Si vous êtes intelligent, cherchez un meilleur chemin.

ANGELO.

Vous vous méfiez de mon courage !

LUPO.

Non, je doute de votre persévérance. Et puis, tenez, ne vous abusez pas : le métier est perdu. Nous avons trop de concurrence, les paysans ne nous aident plus, les soldats ont l’éveil. Dans votre intérêt, je vous engage même à ne pas rester ici en vue : je suis menacé à chaque instant. Je vais donner des ordres pour qu’on vous conduise dans une chambre où vous serez servi. (Il sort. Délia, qui le guettait, rentre.)