Scène VI.
DELIA, ANGELO.
DELIA.
Eh bien ! il t’a parlé en confidence. Vous êtes grands amis à présent ?
ANGELO.
Non, il refuse mon alliance, il paraît découragé, — ou je lui déplais. Peu m’importe, si tu veux me garder à ton service.
DELIA.
Es-tu fou ? Pour m’arracher à Lupo, il faudrait le tuer.
ANGELO.
Je le tuerai si tu veux.
DELIA.
Mais… es-tu riche ?
ANGELO.
Je le serai quand il te plaira. Le diable est à mes ordres.
DELIA, riant.
T’es-tu donné à lui ?
ANGELO.
La chose n’est pas difficile pour moi, je n’y risque plus rien.
DELIA, railleuse.
Je vois que tu es un plus hardi compagnon que Lupo, car il ne dirait pas de tels blasphèmes.
ANGELO.
Je suis plus brave et plus épris que lui.
DELIA.
Mais tu invoques le démon, ce qui veut dire que tu n’as ni sou ni maille. Tâche de gagner au jeu, et tu auras quelque chance auprès des femmes.
ANGELO.
Tu me refuses ? tu me repousses, toi aussi ?
DELIA.
Va-t’en. Si Lupo savait que tu oses… Écoute ; le voilà déjà hors de sens ! il crie et jure ; il faut savoir ce que c’est. (Elle sort par le fond.)