‹ La Coupe, Lupo Liverani, Le Toast, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à ParisChapitre 23 sur 46 · Scène XI.

Scène XI.

DELIA, puis ANGELO.

DELIA.

Ah ! c’en est assez ! frapper une femme, quand on n’a plus rien à lui donner, c’est dans l’ordre ; mais je n’aurais pas cru qu’il en viendrait à me vouloir gâter le visage ! Ah ! Angelo, tu viens à points. Vois cette goutte de sang sur ma lèvre ! veux-tu la boire ?

ANGELO.

Oui, et ton âme avec !

DELIA.

Mais il faut me venger de Lupo.

ANGELO.

C’est déjà fait.

DELIA.

Comment ?

ANGELO.

Peu importe ! Viens, il ne faut pas que tu restes ici.

DELIA.

Est-ce qu’on vient pour l’arrêter ? Je veux rester, je veux le démasquer, l’accuser…

ANGELO.

C’est fait.

DELIA.

Je veux que son père rougisse de lui et le maudisse !…

ANGELO.

Ce sera fait.

DELIA.

Que ses amis l’abandonnent et le renient !

ANGELO.

Tout est fait ou va l’être.

DELIA.

Comment ? par qui ?

ANGELO.

Par moi. Nous sommes vengés, femme, et tu m’appartiens ; suis-moi !

DELIA.

Pas encore… attends,… Dis-moi, qu’est-ce qu’on va lui faire, à lui ?

ANGELO.

L’emmener à Naples et le livrer au Saint-Office.

DELIA.

C’est la torture ?

ANGELO.

Et le bûcher.

DELIA.

On brisera et on déchirera ce beau corps ?

ANGELO.

Et on jettera sa cendre aux vents.

DELIA.

Je ne veux pas.

ANGELO.

Que dis-tu ?

DELIA.

Je dis que je ne veux pas !

ANGELO.

Tu l’aimes donc ?

DELIA.

Je l’adore et veux le sauver.

ANGELO.

Il est trop tard !

DELIA.

Tu le peux, toi, et je t’ordonne de le faire. Tu m’aimes, je le vois ! Eh bien ! sauve-le, et je suis à toi !

ANGELO.

Àmoi seul ?

DELIA.

Àtoi seul. Tiens, avec de l’or on peut tout ; prends cette bourse. Moi, je vais dire à Lupo de fuir. (Elle sort.)