‹ La Coupe, Lupo Liverani, Le Toast, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à ParisChapitre 22 sur 46 · Scène X.

Scène X.

DELIA, puis LUPO.

DELIA.

Le temps est à l’orage, sauvons-nous !

LUPO, qui rentre, l’arrête.

Où vas-tu ? Écoute-moi !

DELIA.

J’ai entendu. Eh bien, mon agneau, vous avez fait justice de ces parasites… Ils méritaient bien plus de coups que vous ne leur en avez donné.

LUPO.

Ah ! Délia ! toi seule as de l’amitié pour moi ! Malgré tes trahisons, je sais que tu m’aimes. Je t’ai faite riche : c’est toi qui me prêteras.

DELIA.

Hélas ! mon amour, j’ai des parents qui me dépouillent et vous me trouvez à sec.

LUPO.

Est-ce un refus ?

DELIA.

Non, idole de mon âme ! Je voudrais avoir le Pactole pour t’abreuver.

LUPO.

Mais je t’ai donné tant de riches bijoux ! Vends la chaîne de rubis ou le bandeau de perles.

DELIA.

Un gentilhomme reprend-il à sa maîtresse les dons de son amour ?

LUPO.

Ne les vends pas, engage-les. Je te réponds de te les rapporter avant un mois.

DELIA.

Tu iras les reprendre de force au juif qui m’aura prêté ?

LUPO.

Et je le tuerai s’il résiste, fût-il gardé par cent diables ; tu peux donc être bien sûre de ravoir tes parures. Allons, ne m’irrite pas par des lenteurs. Vite, décide-toi, je suis pressé !

DELIA.

Mon ange, te voilà donc ruiné et traqué comme un cerf aux abois ?

LUPO.

Si de mes richesses il ne me reste plus que des cornes, tu en sais quelque chose, femelle de malheur !

DELIA.

Tu me dis des injures, lumière de mes yeux !

LUPO.

Et je te brise la tête contre ce mur si tu me railles.

DELIA.

Allons, allons, calme-toi, mon bien ; je pars pour Naples, et je reviens avec l’argent.

LUPO.

Ce soir ! Il faut que ce soit ce soir !

DELIA.

Oui, ce soir ou jamais !

LUPO.

Ou jamais ? (Il lui saisit le bras et la regarde dans les yeux.)

DELIA, effrayée.

Laisse-moi partir !

LUPO.

Tu as peur ! tu comptes ne pas revenir !

DELIA.

Mais non !

LUPO.

Si fait ! Tiens, tu te moques. Tu m’as mille fois trahi, et maintenant tu m’abandonnes parce que tu me vois perdu, lâche cœur ! J’ai ce que je mérite, mais tu ne me quitteras pas sans emporter une marque de mon mépris. (Il lui frappe la figure de son gant et sort.)