‹ La Coupe, Lupo Liverani, Le Toast, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à ParisChapitre 35 sur 46 · Scène V.

Scène V.

QUINTANA, ANGELO, DELIA.

DELIA, qu’entraîne Angelo.

Je n’irai pas plus loin ; je ne peux plus ! (Elle tombe sur l’herbe, épuisée.)

QUINTANA, à part.

Mon maître ne me paraît pas plus encouragé que moi par le sexe.

ANGELO.

Que fais-tu ici ? Ne t’ai-je pas dit d’aller tout préparer à l’ermitage pour me recevoir ?

QUINTANA.

J’y allais, maître ; mais une racine m’a fait tomber, et je boite.

ANGELO.

Va toujours ! (Quintana s’éloigne ; À Délia.) Allons ! encore un peu de courage ! nous sommes près du gîte.

DELIA.

Quel gîte peux-tu m’offrir dans cet endroit sauvage ? Tu me trompes ; au lieu de me ramener à Naples, tu m’égares et m’éloignes de plus en plus.

ANGELO.

Tu m’as promis…

DELIA.

J’ai payé ma dette : j’ai subi tes baisers, dont la violence m’effraie.

ANGELO.

Tu as promis d’être à moi seul.

DELIA.

Ne suis-je pas à toi seul depuis trois jours que nous errons ensemble, comme des chiens perdus dans la montagne et dans la forêt, avec des brigands pour escorte et des autres pour palais ? Si tu m’aimes, viens partager à Naples mon luxe et mes plaisirs. Je n’ai pas promis d’être la compagne d’un bandit.

ANGELO.

Lupo était-il autre chose qu’un bandit ?

DELIA.

Il ne m’emmenait pas dans ses courses. Il ne m’obligeait pas à gagner péniblement avec lui l’argent qu’il me donnait. J’ai juré d’être ta maîtresse, c’est bien assez, sans devenir ton esclave.

ANGELO.

Tu me hais ?

DELIA.

Je te haïrai si tu me contraries davantage.

ANGELO.

Prends patience, demain j’aurai une litière et des serviteurs pour te reconduire à la ville. Viens seulement jusqu’à l’ermitage de la madone du Cèdre.

DELIA.

C’est un lieu saint. Ne crains-tu pas de le souiller par de profanes amours ?

ANGELO.

Je ne crains ni le Ciel ni les hommes. Je ne crois plus à rien.

DELIA.

C’est pour cela que tu me fais peur !

ANGELO.

Si je te fais peur, tu ne songes qu’à m’échapper ; mais c’est en vain. Lève-toi et marchons.

DELIA.

Non j’aime mieux mourir là.

ANGELO, menaçant.

Mourir là ? Prends garde de dire la vérité ! (Il veut l’entraîner, elle résiste.)