Scène VI.
Les Mêmes, ESCALANTE.
ESCALANTE, masqué.
Arrêtez !
ANGELO, surpris.
Qui êtes-vous ?
ESCALANTE, se démasquant.
Escalante, le lieutenant de Lupo et le premier de sa bande après lui.
ANGELO.
Lupo renonce à vous commander, et vous n’ignorez pas que je le remplace.
ESCALANTE.
Je n’étais pas là quand mes compagnons vous ont élu. Ils m’ont dit que ce soir, à minuit, on se réunirait à la madone du Cèdre ; j’irai, et si vous me convenez, je verrai.
ANGELO.
C’est bon. Passez votre chemin, nous nous reverrons à minuit.
ESCALANTE.
Passez votre chemin aussi, mais laissez cette femme, qui ne vous suit pas librement.
ANGELO.
Que vous importe ?
ESCALANTE.
Elle me plaît. Je la veux pour moi.
ANGELO.
Insolent !
ESCALANTE.
Vous n’êtes pas mon chef encore. Jusqu’à minuit, vous n’êtes rien pour moi.
ANGELO, tirant son poignard.
Alors…
ESCALANTE, le terrassant.
Rendez grâce à Dieu d’avoir affaire à un chrétien, car vous seriez déjà mort, si je voulais.
DELIA.
Mon ami, délivrez-moi. Je vous paierai une rançon princière, si vous me conduisez hors d’ici saine et sauve.
ESCALANTE.
Venez ! (À Angelo, qui se relève) Et vous, ne bougez pas, car j’ai là des compagnons pour vous mettre à la raison, et Lupo n’est pas si loin que vous pensez.
, ANGELO à Délia.
Tu veux suivre ce manant, abjecte créature ?
DELIA.
Je veux rejoindre Lupo.
ANGELO.
Soit, mais il ne t’aura pas vivante ! (Il la poignarde.)
DELIA, tombant dans les bras d’Escalante.
Tu m’as tuée !… Sois maudit !
ESCALANTE, la regardant.
Morte ? c’est dommage ! (Il la soutient d’un bras, et, de l’autre main, porte un sifflet à ses lèvres et donne un signal.)
ANGELO.
Tu appelles tes compagnons ; tu mourras avant qu’ils soient là.
ESCALANTE.
Non, je les éloigne. Je suis content de toi. Ce que tu viens de faire est d’un homme digne de nous commander, — plus digne que Lupo, qui ne nous permettait pas de tuer les femmes ! À ce soir. Tu seras élu ! (Il sort.)