Scène IX.
LUPO, ROLAND, ANGELO caché.
ROLAND, au-devant de qui Lupo a fait quelques pas.
Oui, ils viennent ! J’ai aperçu la litière là-bas. Deux hommes d’escorte seulement pour conduire les mulets. À nous deux, ce sera l’affaire d’un moment. Je me suis muni d’un masque ; venez !
LUPO.
Non : je suis troublé. Je ne veux pas frapper ; j’écraserai d’ici les hommes et les animaux. Aide-moi à faire rouler cette roche. Si elle manque le but, nous fondrons sur la proie.
ROLAND.
Attention, les voilà ! Poussez.
LUPO.
Non ! c’est trop tôt… À présent ! Mon père ! c’est pour toi ! (Ils poussent le rocher, qui roule avec fracas. On entend des cris.)
ROLAND.
Ils fuient ! Courons-leur sus ! (Ils descendent rapidement et disparaissent.)
ANGELO.
C’est pour son père ! L’amour fait commettre le crime, et Dieu pardonne ! Il me pardonnera donc la mort de cette fille ! Horreur ! J’étais caché près de son cadavre, je l’avais oublié… J’ai senti le froid de sa chair… Je traîne maintenant l’existence comme un rêve ! Où suis-je donc ? Qu’est-ce que j’entends là ? Ah ! oui ! Lupo ! Encore un meurtre ! (Il se penche dans l’abîme.) Je ne vois rien, Un nuage de sable et de poussière enveloppe tout… Qui vient là ?