‹ La Coupe, Lupo Liverani, Le Toast, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à ParisChapitre 41 sur 46 · Scène XI.

Scène XI.

LUPO, ROLAND, LIVERANI, qu’Angelo tient renversé.

ROLAND.

Sus ! sus ! il a monté jusqu’ici.

LUPO.

La peur donne donc des ailes à la vieillesse ! Où est-il ?

ANGELO.

Là, renversé, vois, mon manteau étouffe ses cris ; frappe-le !

LUPO.

Oui, sa vie m’appartient.

ANGELO, maintenant le manteau sur la figure de Liverani.

Tu hésites, allons donc !

LUPO.

Attends ; il ne résiste pas ! Tuer l’ennemi à terre !… Messire Galvan, reprenez vos esprits… écoutez… il me faut de l’or, beaucoup d’or pour sauver mon père,… mon père qui est en prison… Répondez ! Êtes-vous sourd ? Rachetez-vous ! Jurez de rendre la liberté à mon père, de la lui rendre à tout prix, et je vous fais grâce !

ROLAND.

Il ne veut pas, il aime mieux son or que sa vie.

LUPO, frappant Liverani de sa dague.

Meurs donc, chien d’avare, puisque ton sang est la rançon de mon père !

ROLAND.

Bien ! Bon voyage, messire Galvan ! (Angelo se relève)

LIVERANI, se débattant, écarte le manteau.

Galvan ! c’est lui qui m’avait délivré… Hélas ! mon fils !… mon fils ! ô mon fils !…

LUPO.

Mon père !…

ANGELO.

Il expire.

ROLAND.

Mon maître !…

LUPO.

Vengeance divine, écrase-moi ! (Il tombe sur le corps de son père.)

ANGELO.

Cette fois il est perdu, j’espère ! Ô Satan, prends-le ! sois plus fort que Dieu même.

SATAN, ailé et flamboyant, sortant de terre entre lui et Lupo.

Suivez-moi tous deux dans la vie et dans la mort, toi qui as accompli le parricide, et toi qui l’as fait commettre ; vous m’appartenez sans rémission. De tels forfaits sont le triomphe de l’enfer et la limite de la protection d’en haut.

LIVERANI, se ranimant.

Tu mens, ennemi de Dieu ! La pitié céleste est sans bornes, et les larmes du cœur lavent les plus grands crimes. Ne désespère pas, mon fils ; tu peux te racheter par la douleur, fléchir Dieu par l’amour, le glorifier par la confiance…

LUPO.

Mon père ! mon père bien-aimé ! j’ai mérité les éternels supplices, ils ne sont rien pour moi au prix de ce que je souffre en vous voyant mourir de ma main. Dieu bon, Dieu juste, que je n’ai jamais su prier, fais qu’au séjour des justes mon père oublie que je suis né ! Fais qu’il soit heureux, et je ne te reprocherai pas mon châtiment. Et toi, Satan, que j’ai servi sans m’en rendre compte, fais de moi ce que tu voudras. Je te défie de me faire autant de mal que m’en fait ce cœur d’airain en se brisant dans ma poitrine.

SATAN.

Viens, ton père n’est plus, et il est sauvé. Tu as encore du temps à vivre. Je te verserai, dans les combats et les plaisirs, le breuvage de l’oubli.

LUPO.

Mon père !… (Il le baise au front.) plutôt que de t’oublier un jour, une heure, je m’élance dans l’abîme où il n’y aura plus pour moi d’expiation et désespoir. (Il veut se percer de sa dague.)

LE PETIT BERGER, paraissant et l’arrêtant.

Jette cette épée, prends ton père et suis-moi sous le chaume avec lui.

LUPO.

Lui rendrai-je la vie et le bonheur ?

LE BERGER.

Rien n’est impossible à l’amour. (Lupo et Roland emportent Liverani. — Ils sortent.)