‹ La Coupe, Lupo Liverani, Le Toast, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à ParisChapitre 5 sur 46 · Scène II.

Scène II.

QUINTANA, puis ANGELO.

QUINTANA.

La madone, c’est une belle pièce, je ne dis pas, et je voudrais avoir eu une maîtresse faite à son image ; mais je veux être écorché vif si je lui ai jamais vu remuer le bout du petit doigt. Aussi je ne me donne plus la peine de la prier quand personne ne me regarde… Mais qu’a donc mon maître ? Est-ce qu’il devient fou ? (Angelo est sorti de la grotte, et il suit des yeux avec émotion Tisbea, qu’il voit descendre la montagne.) Que regarde-t-il ?… Maître, que souhaitez-vous ?

ANGELO, égaré.

Rappelle cette jeune fille.

QUINTANA.

Àquoi bon ? elle n’apporte rien à mettre sous la dent.

ANGELO.

Peu importe ! j’irai ! Non !… Seigneur, ayez pitié de moi ! (Il se frappe la poitrine.)

QUINTANA.

Êtes-vous malade ?

ANGELO.

Ôvil ennemi ! Satan ! De coupables pensées m’assiègent, ô faible chair !

QUINTANA.

Ônoble chair du porc salé ! si j’avais seulement une bonne tranche de jambon !

ANGELO.

Écoute-moi, mon frère. Le démon me tente par le souvenir de mes égarements passés. (Il se jette à terre.)

QUINTANA.

Que faites-vous ?

ANGELO.

Je me jette ainsi sur le sol pour que tu me foules sous tes pieds. Viens, frère, piétine-moi à plusieurs reprises.

QUINTANA.

Volontiers. Je suis très-obéissant. — Est-ce bien comme cela ?

ANGELO.

Oui, frère.

QUINTANA.

Cela ne vous fait pas de mal ?

ANGELO.

Marche, et ne te mets pas en peine.

QUINTANA.

En peine, père ? et pourquoi serais-je en peine ? Je vous foule et vous refoule, père de ma vie, et je ne trouve pas que cela m’incommode.

ANGELO.

C’est assez, mon fils ; va-t’en chercher des racines et des herbes pour notre dîner.

QUINTANA, à part.

Je n’irai pas loin, je n’ai pas envie de rencontrer les brigands ! (Il sort.)