Scène IV.
LA DUCHESSE DE CHÂTEAUROUX, MADEMOISELLE HÉBERT.
M HÉBERT. Que désire madame la duchesse ?
LA DUCHESSE. J’ai à vous demander un service bien important ; il exige tout le zèle et la discrétion dont vous êtes capable.
M HÉBERT. Madame ne peut douter de moi… si je la voyais seulement un peu moins malheureuse !
LA DUCHESSE. Eh bien ! chère mademoiselle Hébert, il dépend de vous de me procurer la seule consolation que je puisse goûter.
M HÉBERT. Ah ! parlez, madame.
LA DUCHESSE. Le roi fait son entrée à Paris à la nuit tombante ; son cortége suivra toute la rue Saint-Honoré, pour se rendre au Carrousel ; je veux… je veux voir le roi.
M HÉBERT. Quoi ! madame ?…
LA DUCHESSE. Je le veux ; il faut aller me louer, à tout prix, une chambre, une fenêtre d’où je puisse le voir passer.
M HÉBERT. Vous ! madame ? Et ne craignez-vous point d’être reconnue, insultée ?…
LA DUCHESSE. Non ! vous emprunterez les habits de toilette… la fille du concierge… vous lui laisserez croire que c’est vous qui voulez vous déguiser.
M HÉBERT. Mais madame oublie que nul carrosse, excepté ceux du roi, ne pourra circuler ce soir dans Paris.
LA DUCHESSE. Aussi est-ce pour me mêler sans inconvénient à la foule que je veux m’habiller en ouvrière ; vous prendrez aussi un mantelet, un grand capuchon noir.
M HÉBERT. Et si madame la duchesse de Lauraguais nous voit ?…
LA DUCHESSE. Elle est allée au Temple, chez la princesse de Conti, et comme le peuple remplit déjà toutes les rues, on ne laissera point passer son carrosse ; mais courez vite, ma chère Hébert ; nous n’avons point un moment à perdre. C’est une grande preuve de dévouement que je vous demande là ; je sens tout le danger de cette démarche ; mais je ne saurais résister au désir de le revoir encore une fois… Vous consentez, n’est-ce pas ?…
M HÉBERT. Si madame l’ordonne…
LA DUCHESSE. Je ne vous l’ordonne pas, je vous supplie ; obéissez-moi par pitié !…
M HÉBERT. Vous le voulez… mais que le ciel nous protége.
Elle sort.