Scène X.
LES MÊMES, GERMAIN.
GERMAIN. Pardon si je dérange madame la duchesse, mais c’est quelqu’un qui désire parler à mademoiselle Hébert.
M HÉBERT. À moi ? à cette heure ? qu’on revienne demain !
GERMAIN, faisant des signes à mademoiselle Hébert. C’est, dit-on, pour quelque chose d’important.
LA DUCHESSE, avec ironie. Ah ! je devine. Allez, ma chère, et dites-leur que je suis prête à les suivre. On vient m’arrêter.
Mlle Hébert sort.
LA DUCHESSE, prenant un coffre d’ivoire qui est sur la table. Comment soustraire ces lettres à leurs perquisitions ? C’est mon unique trésor, tout ce qui me reste de lui… On ne me l’arrachera qu’avec la vie !
M HÉBERT, rentrant émue. Ah ! madame, rassurez-vous… Qui l’aurait pu penser… cet homme qui me demandait… Ô mon Dieu ! n’allez pas vous trouver mal !
LA DUCHESSE, vivement. Cet homme, quel est-il ? Parlez.
M HÉBERT. C’est…
LA DUCHESSE. Parlez donc ! vous me faites mourir.
M HÉBERT. Et voilà ce que je crains vraiment. Calmez-vous, madame ; sinon, je ne vous dirai pas que cet envoyé mystérieux est…
LA DUCHESSE, frémissant. Mais qui donc, mon Dieu !…
M HÉBERT. Le valet de chambre…
LA DUCHESSE. Du roi ?
M HÉBERT. Oui, Lebel lui-même… et voici le billet qu’il m’a chargé de remettre à madame.
LA DUCHESSE, saisissant le billet et l’ouvrant précipitamment. C’est de lui ! ô ciel ! ma vue se trouble… les larmes… je ne peux lire !…
Elle tombe accablée sur un canapé.
M HÉBERT, ramassant le billet. Lisez, lisez, madame ; ces mots-là vous rendront la vie.
LA DUCHESSE, lisant. « Un coupable qui pourtant vous est resté fidèle se rendra en secret, dans une heure, à votre porte… Daignerez-vous le recevoir ?… Peut-il espérer son pardon ?… » Ah ! qu’il vienne et tout est oublié.
Mlle Hébert sort.