LX
Et la vie tête-à-tête avait recommencé dans la villa Isemburg, entre les deux amants : une vie dans laquelle le départ de l’Anglais Selwyn avait mis chez la Faustin la délivrance de secrètes inquiétudes, et où un projet, qui était à la veille de se réaliser, apportait presque une distraction, au retour entêté de sa pensée vers le théâtre. Lord Annandale avait proposé à sa maîtresse de passer l’hiver en Italie, et tous deux étaient dans les occupants préparatifs et l’allègre envolée d’imagination, qui précède un voyage, et prend, pour ainsi dire, l’avance dans le pays lointain.
C’était bien décidé, on ne se fixerait nulle part, et, voyageant dans sa voiture et avec ses chevaux, on irait un peu à l’aventure, et on s’arrêterait où l’on se plairait, et on brûlerait les villes et les endroits où l’on s’ennuierait. Et penchés sur une carte, les deux têtes l’une contre l’autre, et mêlant leurs cheveux, et leurs deux index se promenant côte à côte sur la grande feuille, ils dressaient les étapes de leur futur voyage, au milieu des ignorances réjouissantes de la femme, de ses interrogations enfantines, et des réponses de l’homme possédant à fond le pays. — « Là, disait-il, en mettant le bout du doigt de sa maîtresse sur le petit rond noir, — là, il lui achèterait une bague d’un certain or travaillé que les autres États de l’Europe ne fabriquent pas… Là, il la mènerait voir une vieille église qui n’est pas indiquée dans les guides… Là, il lui ferait manger un petit poisson qui ne se mange que là… » Puis il avait fait de la photographie dans l’Inde… et il était en train de faire venir un appareil… elle l’aiderait et elle verrait comme c’est amusant… et ils rapporteraient des vues… des vues faites par eux deux… de tous les coins où ils auraient laissé de leur bonheur, de leur amour.
Déjà la vieille Anglaise était embarquée pour l’Angleterre où elle devait passer tout le temps du voyage des deux amants, et les malles étaient commencées, et le départ fixé pour les premiers jours de la semaine qui venait.