LXI
Dans l’air lourd de volupté de la chambre à coucher du lit où, une nuit, à ses côtés, dormait sa maîtresse, lord Annandale se leva, pour faire entrer un peu de la fraîcheur du matin, blanchisant à travers la transparence des rideaux.
Il alla à la fenêtre avec des pas mous, essaya de l’ouvrir, jeta d’une voix faiblissante : « Juliette, à moi… à moi ! »
Du fond de son sommeil las, réveillée par cet appel, la dormeuse vit son amant cramponné des deux mains à la poignée de la fenêtre, et essayant de retenir l’équilibre d’un corps prêt à tomber. Aussitôt en bas du lit, la Faustin courut à lui, l’entoura de ses bras.
L’homme, soutenu par la femme, fit un mouvement pour regagner son lit, mais les jambes manquèrent sous lui, et la Faustin sentit peser sur ses épaules l’évanouissement de son grand corps.
Elle criait, elle implorait du secours, mais on ne l’entendait pas ; et ses bras ne pouvant se desserrer autour de lui, elle ne pouvait sonner.
Alors elle réunissait toutes ses forces, et soulevant son William dans un effort désespéré, elle portait, écrasée sous le poids mort, et avançant lentement, lentement, la tête tendue vers son pâle visage, le regard montant à ses yeux tout grands ouverts, et emplis du fixe effroi, que met chez le vivant en pleine santé, une soudaine et inattendue interruption de la vie.