Scène VII.
M. DURU, LE MARQUIS, sortant de l’appartement de M Duru
en lui parlant tout haut.
Le Marquis.
Ah ! voilà comme on tient maison !Adieu, Madame.
Ah ! que je fuis heureux !
M. Duru.
Ah ! que je fuis heureux !Et beaucoup trop. J’en tiens.
Le Marquis.
Adieu, jusqu’à ce soir.
M. Duru.
Adieu, jusqu’à ce soir.Ce soir encor ? Fort bien.
Comme de la maison je vois ici deux maîtres,
L’un des deux pourrait bien sortir par les fenêtres.
On ne me connaît pas ; gardons-nous d’éclater.
Le Marquis.
Quelqu’un parle, je crois.
M. Duru.
Quelqu’un parle, je crois.Je n’en saurais douter.
Volets fermés, au lit, rendez-vous, porte close ;
La suivante à mon nez complice de la chose !
Le Marquis.
Quel est cet homme-là qui jure entre ses dents ?
M. Duru.
Mon fait est net et clair.
Le Marquis.
Mon fait est net et clair.Il paraît hors de sens.
M. Duru.
J’aurais mieux fait, ma foi, de rester à Surate
Avec tout mon argent. Ah traître ! ah scélérate !
Le Marquis.
Qu’avez-vous donc, monsieur, qui parlez seul ainsi ?
M. Duru.
Mais j’étais étonné que vous fussiez ici.
Le Marquis.
Et pourquoi, mon ami ?
M. Duru.
Et pourquoi, mon ami ?Monsieur Duru, peut-être,
Ne ferait pas content de vous y voir paraître.
Le Marquis.
Lui mécontent de moi ? Qui vous a dit cela ?
M. Duru.
Des gens bien informés. Ce monsieur Duru-là,
Chez qui vous avez pris des façons si commodes,
Le connaissez-vous ?
Le Marquis.
Le connaissez-vous ?Non : il est aux Antipodes,
Dans les Indes, je crois, cousu d’or et d’argent.
M. Duru.
Mais vous connaissez fort madame ?
Le Marquis.
Mais vous connaissez fort Madame ?Apparemment :
Sa bonté m’est toujours précieuse et nouvelle,
Et je fais mon bonheur de vivre ici près d’elle.
Si vous avez besoin de sa protection,
Parlez ; j’ai du crédit, je crois, dans la maison.
M. Duru.
Je le vois… De monsieur je suis l’homme d’affaires.
Le Marquis.
Ma foi, de ces gens-là je ne me mêle guères.
Soyez le bien venu ; prenez surtout le soin
D’apporter quelque argent dont nous avons besoin.
Bonsoir.
M. Duru, à part.
Bonsoir.J’enfermerai dans peu ma chère femme.
Que l’enfer… Mais, monsieur, qui gouvernez madame,
La chambre de sa fille est-elle près d’ici ?
Le Marquis.
Tout auprès, et j’y vais. Oui, l’ami ; la voici.
(Il entre chez Érise et ferme la porte.)
M. Duru.
Cet homme est nécessaire à toute ma famille :
Il fort de chez ma femme, et s’en va chez ma fille.
Je n’y puis plus tenir, et je succombe enfin.
Justice ! je suis mort.