‹ La Femme qui a raisonChapitre 13 sur 20 · Scène VII.

Scène VII.

M. DURU, LE MARQUIS, sortant de l’appartement de M Duru
en lui parlant tout haut.

Le Marquis.

Ah ! voilà comme on tient maison !Adieu, Madame.
Ah ! que je fuis heureux !

M. Duru.

Ah ! que je fuis heureux !Et beaucoup trop. J’en tiens.

Le Marquis.

Adieu, jusqu’à ce soir.

M. Duru.

Adieu, jusqu’à ce soir.Ce soir encor ? Fort bien.

Comme de la maison je vois ici deux maîtres,
L’un des deux pourrait bien sortir par les fenêtres.
On ne me connaît pas ; gardons-nous d’éclater.

Le Marquis.

Quelqu’un parle, je crois.

M. Duru.

Quelqu’un parle, je crois.Je n’en saurais douter.
Volets fermés, au lit, rendez-vous, porte close ;
La suivante à mon nez complice de la chose !

Le Marquis.

Quel est cet homme-là qui jure entre ses dents ?

M. Duru.

Mon fait est net et clair.

Le Marquis.

Mon fait est net et clair.Il paraît hors de sens.

M. Duru.

J’aurais mieux fait, ma foi, de rester à Surate
Avec tout mon argent. Ah traître ! ah scélérate !

Le Marquis.

Qu’avez-vous donc, monsieur, qui parlez seul ainsi ?

M. Duru.

Mais j’étais étonné que vous fussiez ici.

Le Marquis.

Et pourquoi, mon ami ?

M. Duru.

Et pourquoi, mon ami ?Monsieur Duru, peut-être,
Ne ferait pas content de vous y voir paraître.

Le Marquis.

Lui mécontent de moi ? Qui vous a dit cela ?

M. Duru.

Des gens bien informés. Ce monsieur Duru-là,
Chez qui vous avez pris des façons si commodes,
Le connaissez-vous ?

Le Marquis.

Le connaissez-vous ?Non : il est aux Antipodes,
Dans les Indes, je crois, cousu d’or et d’argent.

M. Duru.

Mais vous connaissez fort madame ?

Le Marquis.

Mais vous connaissez fort Madame ?Apparemment :
Sa bonté m’est toujours précieuse et nouvelle,
Et je fais mon bonheur de vivre ici près d’elle.

Si vous avez besoin de sa protection,
Parlez ; j’ai du crédit, je crois, dans la maison.

M. Duru.

Je le vois… De monsieur je suis l’homme d’affaires.

Le Marquis.

Ma foi, de ces gens-là je ne me mêle guères.
Soyez le bien venu ; prenez surtout le soin
D’apporter quelque argent dont nous avons besoin.
Bonsoir.

M. Duru, à part.

Bonsoir.J’enfermerai dans peu ma chère femme.

Que l’enfer… Mais, monsieur, qui gouvernez madame,
La chambre de sa fille est-elle près d’ici ?

Le Marquis.

Tout auprès, et j’y vais. Oui, l’ami ; la voici.

(Il entre chez Érise et ferme la porte.)

M. Duru.

Cet homme est nécessaire à toute ma famille :
Il fort de chez ma femme, et s’en va chez ma fille.
Je n’y puis plus tenir, et je succombe enfin.
Justice ! je suis mort.

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