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À Jules Romain

Après sept ans de service
Fait pour toi et pour tes frères,
Tu me donnes privilège
De m’asseoir à votre table.
Mon art est encor peu sûr,
Et vos lois me semblent dures,
Mais armée de ta science,
Je saurai forcer le vent
Capricieux à devenir
Un souffle pur et constant.
Je veux que mon premier chant
Soit formé pour ta louange,
Oui, la voix de ton élève
Te rendra grâces d’abord.
Ombres pressées en mémoire
Qui me demandez un corps,
Retournez dormir encore !

Tu es grand parmi tes frères
Et le plus puissant de tous.
Les secrets te sont remis,
L’avenir t’est découvert,
Non pas l’abstrait infini
Où les lointains se confondent,
Mais la suite de cet âge,
Assez de temps et d’espace
Pour nourrir nos espérances,
Justifier nos efforts.
Comme un conquérant romain,
Tu as parcouru le monde,
Porteur d’une juste loi.
Tes armées couvrent la terre,
Tes drapeaux couvrent le ciel,
Les rumeurs sont tes tambours.
Les monnaies et les mesures
Sont marquées de ta figure.
Point de ville ou de village
Qui n’atteste ton passage
Par de nobles perspectives :
L’œil découvre peu à peu
La coupole et les colonnes
En ces avenues nouvelles
Qui montent légèrement
Vers des règnes de lumière.

Quelle ivresse dans ces lieux
Tracés pour le pas de l’homme !
S’il marche au centre des voies,
Sur la ligne où se partagent
Les masses de l’étendue,
Il se sentira le maître
Aussi loin que va son œil !

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