Scène XI
Les mêmes, CLAUDE, JEANNE.
Madeleine et Jeanne se sont retirées au fond,
comme pour sortir.
CLAUDE.
Vous avez beau vouloir me fuir, je parlerai.
JEANNE.
Mais…
CLAUDE.
Mais…Cette affaire-ci, Jeanne, m’indigne… presque.
MADELAINE, prête à sortir, s’arrêtant et retenant Laforêt.
Que dit-il ?
CLAUDE.
Que dit-il ?À ce point êtes-vous romanesque ?
MADELAINE, à part.
Je comprends.
CLAUDE.
Je comprends.Cette lettre avec ce nom d’emprunt,
MADELAINE.
C’est cela.
CLAUDE.
C’est cela.Ces soupirs enflammés, dont pas un
N’a pris feu dans le cœur…
JEANNE.
N’a pris feu dans le cœur…C’était…
CLAUDE.
N’a pris feu dans le cœur…C’était…Un badinage,
Direz-vous ? C’est bien pis, car vous êtes d’un âge
Où tout compte en amour. J’excuserais ce jeu,
Peut-être, s’il cachait un véritable aveu…
JEANNE.
Je vous jure…
CLAUDE, avec bonté.
Je vous jure…En blâmant votre tort, je me donne
Celui d’un méchant ! mais, en grondant, je pardonne.
MADELAINE, à part.
Qu’il est bon !
CLAUDE.
Qu’il est bon !Après tout, pourquoi faire le fier ?
Des caprices, j’en eus : mes plus vieux sont d’hier.
JEANNE.
Vrai !
CLAUDE.
Vrai !Mais je me défends, moi.
JEANNE.
Vrai !Mais je me défends, moi.Comment ?
CLAUDE.
Vrai !Mais je me défends, moi.Comment ?Je regarde
Où s’en irait mon rêve, et je me tiens en garde.
JEANNE.
Qui vous rendit si fort ?
CLAUDE.
Qui vous rendit si fort ?C’est le malheur d’autrui.
J’ai vu comment on souffre, et, j’en conviens, j’ai fui.
J’eus un jour un caprice aussi fou que le vôtre :
La jeunesse du cœur part moins vite que l’autre.
Vous aimeriez quelqu’un trop âgé pour vous, moi
Je songeais à quelqu’un trop jeune.
MADELAINE, à part.
Je songeais à quelqu’un trop jeune.Ah !
JEANNE, à part.
Je songeais à quelqu’un trop jeune.Ah !Tiens !
CLAUDE.
Je songeais à quelqu’un trop jeune.Ah !Tiens !Ma foi !
Je fus pris, je l’avoue ; elle est très-sérieuse
Et je pensai qu’alors…
JEANNE, Vivement.
Et je pensai qu’alors…C’était…
CLAUDE, Avec un soupir.
Et je pensai qu’alors…C’était…La curieuse !
Mais c’est fini.
JEANNE.
Mais c’est fini.Bien sûr !
CLAUDE.
Mais c’est fini.Bien sûr !Elle n’en savait rien.
MADELAINE, à part.
Peut-être !
CLAUDE.
Peut-être !Un grand exemple ici me servit bien…
JEANNE.
Ah !
CLAUDE.
Ah !Le malheur.
JEANNE.
Ah !Le malheur.De qui ?
CLAUDE.
Ah !Le malheur.De qui ?De Molière.
MADELAINE.
Ah !Le malheur.De qui ?De Molière.Qu’entends-je ?
Les voilà, ses chagrins !
LAFORÊT.
Les voilà, ses chagrins !Oui !
CLAUDE.
Les voilà, ses chagrins !Oui !Sa gloire le venge.
JEANNE.
Mais…
CLAUDE.
Mais…Ses œuvres un jour vous diront son secret,
Vous saurez qu’où l’on rit bien souvent il pleurait.
Ô Célimène !
JEANNE.
Ô Célimène !Enfin…
CLAUDE.
Ô Célimène !Enfin…Laissons là cette enquête.
Allez, Jeanne, et surtout ne soyez pas coquette.