Scène XIII
Les mêmes, PROVENÇAL, JEANNE.
MADELAINE, voyant Jeanne qui entre vivement.
Je suis Dorine !Tiens ! Jeanne est tout effarée !
LAFORÊT.
L’affaire de tantôt n’est pas bien digérée.
JEANNE, à Provençal.
Oui, c’est ta faute.
PROVENÇAL.
Oui, c’est ta faute.À moi, quand j’ai fait ce qu’il faut,
Quand je n’ai qu’obéi…
JEANNE.
Quand je n’ai qu’obéi…Trop bien…
PROVENÇAL.
Quand je n’ai qu’obéi…Trop bien…C’est mon défaut.
JEANNE, apercevant sa cousine.
Madelaine ! Sais-tu…
MADELAINE.
Madelaine ! Sais-tu…Je sais tout.
JEANNE.
Madelaine ! Sais-tu…Je sais tout.Quoi ? ma lettre…
MADELAINE.
Et l’ennui dans lequel elle a failli te mettre,
La colère de Claude, enfin…
JEANNE.
La colère de Claude, enfin…Cela n’est rien,
Près du reste.
MADELAINE, très-vivement.
Près du reste.Comment ?
JEANNE, effrayée, à Laforêt.
Près du reste.Comment ?Ah ! défendez-moi bien,
Madame…
LAFORÊT.
MADELAINE.
Madame…Pauvre enfant !Parle, d’où vient ton trouble ?
Explique-toi, du moins.
JEANNE.
Explique-toi, du moins.Si l’intrigue était double,
Me suis-je dit hier, elle n’irait que mieux,
Et mon roman serait bien plus ingénieux.
Alors…
MADELAINE.
Alors…Alors ?
JEANNE.
Alors…Alors ?J’ai cru, — sans t’avoir avertie, —
Que je pouvais te mettre aussi de la partie
J’écrivis deux billets…
MADELAINE.
J’écrivis deux billets…Là ! sans délibérer,
Ah !
JEANNE.
Ah !L’un pour Claude : alors je croyais l’adorer.
MADELAINE.
Et l’autre ?
JEANNE.
Et l’autre ?Pour Étienne…
MADELAINE.
Et l’autre ?Pour Étienne…À qui, dans ta folie,
Tu décernas mon cœur…
JEANNE.
Tu décernas mon cœur…Oui… mais, je t’en supplie,
Pardon !
MADELAINE.
Pardon !C’est insensé ! L’on t’excusera, toi,
— C’est le profil des fous bien avérés, — mais moi !
C’est inouï ! j’endosse, et cela m’exaspère,
Un ridicule affreux qu’avait tué mon père.
Rivale des Cathos, et sœur des Madelons.
La fille de Molière est précieuse ! Allons !
C’est absurde, entends-tu !… L’affreuse lettre !
JEANNE.
C’est absurde, entends-tu !… L’affreuse lettre !Arrête !
Si tu la connaissais, tu verrais. Je t’y prête
Des soupirs épurés et doux comme les miens,
MADELAINE.
C’est bien le moins. N’importe, avec toi je deviens
Romanesque, et partant, sotte.
JEANNE.
Romanesque, et partant, sotte.Ah !
MADELAINE.
Romanesque, et partant, sotte.Ah !C’est synonyme !
J’appelle avec transport Étienne, Cléonyme,
N’est-ce pas ?
PROVENÇAL, à part.
N’est-ce pas ?Que dit-elle ?
MADELAINE.
N’est-ce pas ?Que dit-elle ?Et toi, Claude, Altamon !
PROVENÇAL, à Madelaine.
Ah ! vous faites erreur…
MADELAINE.
Ah ! vous faites erreur…Moi ?
PROVENÇAL.
Ah ! vous faites erreur…Moi ?Mille fois pardon !
Mais je suis sûr qu’ici vous dites le contraire :
Cléonyme est monsieur, Altamon est son frère.
JEANNE.
Et tu remis ainsi les lettres, imprudent !
Tu t’es trompé.
LAFORÊT.
Tu t’es trompé.Tant mieux ! Grâce à cet accident,
J’arrange tout…
JEANNE.
J’arrange tout…Comment ?
MADELAINE.
J’arrange tout…Comment ?Es-tu magicienne ?
LAFORÊT, à Jeanne.
Vous écriviez à Claude, et vous aimez Étienne
Maintenant. Le billet est donc en bon chemin,
Il arrive à son but, en se trompant de main.
MADELAINE.
Mais l’autre, écrit pour moi, que Claude a lu ; calcule
Combien, sous ce faux nom, il me rend ridicule !
Comprends-tu ?
LAFORÊT.
Comprends-tu ?Qu’il vous sert. Laissez-le vous servir.
MADELAINE.
Pourtant…
LAFORÊT.
Pourtant…Grâce à lui, tout se dénoue à ravir.
Vous êtes, Claude et vous, deux muets au cœur tendre ;
L’un n’ose pas, et l’autre a grand’peur… Pour s’entendre,
Triste affaire ! Or, voici le bon moyen, la clé,
Car vous aurez tout dit, vous, sans avoir parlé.
PROVENÇAL.
Ils viennent…
LAFORÊT.
Ils viennent…Tenons-nous.