‹ La Fille de MolièreChapitre 14 sur 14 · Scène XIV

Scène XIV

Les mêmes, CLAUDE, ÉTIENNE.

CLAUDE, au fond du théâtre, bas à Étienne.

Ils viennent…Tenons-nous.Ces lettres sont de Jeanne.

ÉTIENNE, montrant celle que tient Claude.

Et de Madelaine.

CLAUDE, avec impatience.

Et de Madelaine.Ah !

ÉTIENNE, lui indiquant Jeanne, Madelaine et Laforêt qui parlent ensemble.

Et de Madelaine.Ah !Tiens ! si j’ai tort, condamne,
Mais écoute.

LAFORÊT, grondant.

Mais écoute.Ah ! vraiment. (Bas.) Il faut me seconder,
C’est le moment. (Haut.) Ha ! ha ! (Bas.) Laissez-moi vous gronder
D’abord, c’est nécessaire. (Haut.) Ha ! ha ! mesdemoiselles,
L’amour, comme l’on dit, ouvre pour vous ses ailes
De bon matin, chacune a rôti son poulet…

ÉTIENNE, à Claude.

Tu vois !…

LAFORÊT, de même.

Tu vois !…Pour l’envoyer tout chaud, par un valet…
C’est aller vite. Au moins, n’est-on pas trop coquette ?

Aime-t-on, comme nous, à la bonne franquette ?
Le cœur avec l’esprit est-il un peu d’accord ?
Car l’un dément souvent l’autre, et c’est un grand tort.
Que répondrez-vous ?

JEANNE.

Que répondrez-vous ?Moi ?

ÉTIENNE, à part.

Que répondrez-vous ?Moi ?Voyons.

JEANNE.

Que répondrez-vous ?Moi ?Voyons.Je ne renie
Aucun des sentiments qu’exprima Parthénie.

ÉTIENNE, vivement, lui prenant la main.

Est-ce bien vrai ?

JEANNE.

Est-ce bien vrai ?Bien vrai !

LAFORÊT, à Madelaine.

Est-ce bien vrai ?Bien vrai !Mais à vous maintenant

CLAUDE.

Ah !

MADELAINE.

Ah !Ceci, de ma part, va sembler surprenant.
Soit, j’en expliquerai plus tard la fantaisie :
J’accepte, en attendant, ce qu’a dit Almazie.
On parle toujours bien quand on est écouté ;
Mais moi, suis-je entendue ?

CLAUDE, se précipitant et lui prenant la main.

Mais moi, suis-je entendue ?En avez-vous douté ?

PROVENÇAL.

Allons ! tout marche au mieux ; l’affaire est bien ourdie,
Et nous allons finir comme à la comédie…

LAFORÊT.

Oui, comme chez Molière.

PROVENÇAL, s’éventant.

Oui, comme chez Molière.Ouf ! que de mal ! Je crois
Qu’on fila joliment l’intrigue. Cette fois,
Mascarille a gagné mieux que des réprimandes.

CLAUDE.

Aussi, le gardons-nous.

LAFORÊT.

Aussi, le gardons-nous.Et moi ?

MADELAINE.

Aussi, le gardons-nous.Et moi ?Tu le demandes ?
Mais c’est toi qui seras l’âme de la maison.

CLAUDE.

Oui…

MADELAINE.

Oui…Toi, chez nous, et lui, toujours à l’horizon.

CLAUDE.

Rayonnant !

LAFORÊT.

Rayonnant !Malheureux…

CLAUDE.

Rayonnant !Malheureux…Il le fallait, sans doute.
Car le talent n’est fait que des larmes qu’il coûte.
Molière en est plus grand ! Il souffrit beaucoup, mais
C’est un de ces martyrs qui ne meurent jamais.

FIN

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