‹ La Fille de MolièreChapitre 4 sur 14 · Scène IV

Scène IV

PROVENÇAL, puis JEANNE.

PROVENÇAL.

C’est un original.

JEANNE, entrant vivement.

C’est un original.N’êtes-vous pas d’ici ?

PROVENÇAL.

Pour vous servir…

JEANNE.

Pour vous servir…Voici deux lettres : celle-ci,
Pour votre maître.

PROVENÇAL.

Pour votre maître.Bien.

JEANNE.

Pour votre maître.Bien.Et l’autre, pour son frère.
Chut !

PROVENÇAL, à part.

Chut !Deux secrets d’un coup, cela va nous distraire.
Chut !(Lisant les adresses.)
Ah ! les drôles de noms : Cléonyme, Altamon,
Altamon ! Quoi, monsieur s’appelle ainsi ?

JEANNE.

Altamon ! Quoi, monsieur s’appelle ainsi ?Mais non…
Où donc as-tu servi ? Qui donc t’apprit à vivre ?
N’aurais-tu donc jamais flairé même un bon livre,
Et ne saurais-tu rien de ce qu’on sait partout ?
Apprends qu’aux lieux choisis, où règne le bon goût,
On a…

PROVENÇAL.

On a…Des sobriquets…

JEANNE.

On a…Des sobriquets…Ah ! j’en reste saisie,
Des sobriquets ! butor ! des noms de poésie.

PROVENÇAL.

C’est tout comme.

JEANNE.

C’est tout comme.Des noms d’amour et de roman.
Entends-tu, comprends-tu ?

PROVENÇAL.

Entends-tu, comprends-tu ?Très-bien ! Voilà comment
Monsieur est devenu Cléonyme et son frère
Altamon…

JEANNE.

Altamon…Malheureux ! tu dis tout le contraire,
C’est…

PROVENÇAL.

C’est…Je m’en souviendrai. (À part.) C’est drôle tout cela.
C’est…(Haut.)
Les femmes ont sans doute aussi de ces noms-là ?

JEANNE.

J’en donne à ma cousine un tout plein d’harmonie :
Almazie est son nom, le mien est Parthénie.

PROVENÇAL.

Faudra-t-il vous donner ces noms-là, s’il vous plaît ?

JEANNE.

Garde-t’en bien toujours, maraud ! pour un valet
Tout roman est muet, et l’esprit anonyme…
Va !

PROVENÇAL, à part, en s’en allant.

Va !Le frère Altamon, mon maître Cléonyme.
Non !… si fait… après tout…

(Il sort.)

Page 1