Scène IV
PROVENÇAL, puis JEANNE.
PROVENÇAL.
C’est un original.
JEANNE, entrant vivement.
C’est un original.N’êtes-vous pas d’ici ?
PROVENÇAL.
Pour vous servir…
JEANNE.
Pour vous servir…Voici deux lettres : celle-ci,
Pour votre maître.
PROVENÇAL.
Pour votre maître.Bien.
JEANNE.
Pour votre maître.Bien.Et l’autre, pour son frère.
Chut !
PROVENÇAL, à part.
Chut !Deux secrets d’un coup, cela va nous distraire.
Chut !(Lisant les adresses.)
Ah ! les drôles de noms : Cléonyme, Altamon,
Altamon ! Quoi, monsieur s’appelle ainsi ?
JEANNE.
Altamon ! Quoi, monsieur s’appelle ainsi ?Mais non…
Où donc as-tu servi ? Qui donc t’apprit à vivre ?
N’aurais-tu donc jamais flairé même un bon livre,
Et ne saurais-tu rien de ce qu’on sait partout ?
Apprends qu’aux lieux choisis, où règne le bon goût,
On a…
PROVENÇAL.
On a…Des sobriquets…
JEANNE.
On a…Des sobriquets…Ah ! j’en reste saisie,
Des sobriquets ! butor ! des noms de poésie.
PROVENÇAL.
C’est tout comme.
JEANNE.
C’est tout comme.Des noms d’amour et de roman.
Entends-tu, comprends-tu ?
PROVENÇAL.
Entends-tu, comprends-tu ?Très-bien ! Voilà comment
Monsieur est devenu Cléonyme et son frère
Altamon…
JEANNE.
Altamon…Malheureux ! tu dis tout le contraire,
C’est…
PROVENÇAL.
C’est…Je m’en souviendrai. (À part.) C’est drôle tout cela.
C’est…(Haut.)
Les femmes ont sans doute aussi de ces noms-là ?
JEANNE.
J’en donne à ma cousine un tout plein d’harmonie :
Almazie est son nom, le mien est Parthénie.
PROVENÇAL.
Faudra-t-il vous donner ces noms-là, s’il vous plaît ?
JEANNE.
Garde-t’en bien toujours, maraud ! pour un valet
Tout roman est muet, et l’esprit anonyme…
Va !
PROVENÇAL, à part, en s’en allant.
Va !Le frère Altamon, mon maître Cléonyme.
Non !… si fait… après tout…
(Il sort.)