‹ La Fille du CielChapitre 15 sur 52 · Scène II

Scène II

LES MÊMES, L’ASTROLOGUE.
(Il a cent ans. Il a une barbe blanche, raide et ébouriffée. Il est aveugle et conduit par un jeune garçon. Il veut se prosterner, mais l’Impératrice l’arrête.)

L’Impératrice. — Reste debout, vénérable vieillard ; ton âge et tes yeux éteints te dispensent des formules.

L’Astrologue. — Mes yeux éteints voient dans l’invisible ; mon esprit, qui médite depuis tant de jours obscurs, est clairvoyant et prophétique.

L’Impératrice. — Comment explique-t-il le mystère de ce rêve qui m’obsède ?

L’Astrologue. — Sous l’apparence d’un serpent, le Dragon lui-même est venu vers le Phénix pour l’enlever et lui livrer des trésors ; mais le Phénix n’a pas compris, il a battu des ailes et s’est échappé. Qu’il s’abrite à présent de l’orage terrible que, sans le vouloir, le Dragon traîne à sa suite.

L’Impératrice. — Ces paroles sont plus impénétrables encore que le songe.

L’Astrologue. — C’est cela que les chiffres ont répondu.

L’Impératrice. — Ne peux-tu éclairer ces ténèbres ?

L’Astrologue. — Le voile qui couvre l’avenir ne saurait être arraché ! En soulever un coin, tout au plus, nous est permis.

L’Impératrice. — Mais par là, du moins, devrait-on entrevoir quelque lueur.

L’Astrologue. — Que l’on s’abrite de l’orage terrible ; que le précieux flambeau, qui éclairera l’avenir, soit mis hors des atteintes du vent. Tel est l’arrêt. Rien de plus.

L’Impératrice. — C’est bien. Je méditerai ces énigmes. Va en paix, noble vieillard.

L’Astrologue. — Que le ciel propice verse tous ses bienfaits sur la dynastie lumineuse.

(Il se retire. Le jour commence à paraître. Les plates-bandes de fleurs qui sont au premier plan, près de la rampe, déjà s’éclairent : ce sont des fleurs jaune impérial.)

L’Impératrice, aux suivantes. — Par grâce, une fois dans ma vie, qu’on me laisse seule ; aucun soin ne m’est nécessaire. Allez !

(Les servantes remontent et rentrent dans le pavillon.

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