‹ La Fille du CielChapitre 16 sur 52 · Scène III

Scène III

L’IMPÉRATRICE, seule.

L’Impératrice, au bas du sentier impérial, appuyée aux balustres de marbre. — L’« orage, » a dit le vieillard… L’orage, il viendra du Nord comme toujours… Nuées noires à l’horizon les armées qui s’avancent contre mon simulacre d’empire ; nuées noires, les armées de l’Empereur tartare… Mais ce « flambeau qui éclairera l’avenir, » quel est-il ?… Ah !… Mon fils, sans doute !… Oui, c’est cela : mon fils !… L’« abriter, » a-t-il dit, le cacher, l’éloigner, peut-être, de ce palais menacé de toutes parts ; me séparer de lui, dans le danger suprême : c’est cela qu’on me demande encore… Toujours l’angoisse, toujours le sacrifice… Et c’est à moi de guider tout un peuple, quand la force me manque pour me guider moi-même… Oh ! celles qui peuvent s’appuyer sur un bras robuste ! Oh ! celles qui ont pour les aider les conseils d’un esprit viril et clairvoyant ! Oh ! les épouses qui trouvent dans le cœur de l’époux un refuge à leur faiblesse !… Mais je suis l’Impératrice, moi, et l’Impératrice veuve, seule et trop haute, n’ayant même plus d’égal à qui confier mes anxiétés et mes défaillances… (Elle s’avance au milieu des fleurs du parterre.) Eh bien ! entendez la confession qui m’étouffe, ô vous fleurs du matin, humides de rosée fraîche !… Esprits légers qui planez sur les parterres à l’aube du printemps, écoutez-moi, puisqu’il faut que je parle et que quelqu’un m’entende : cet homme, vous savez, celui d’hier, dont le regard tyrannique et caressant ne ressemble à aucun autre, il a troublé la triste souveraine, et voici qu’à l’heure du grand péril, elle ne s’appartient plus… Il n’est qu’un de ses sujets, et elle aimerait lui obéir…

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