Scène IX
L’EMPEREUR. PUITS-DES-BOIS.
Puits-des-Bois. — Vous voilà encore tout vibrant…
L’Empereur. — C’est un trouble plein de douceur… Ne dirait-on pas que le ciel m’approuve et veut me seconder ? Cet enfant, qui vient à moi, prend ma défense, s’inquiète de ma pâleur, qui me donne son jouet !… Ah ! qu’il m’est précieux, ce léger cadeau !…
Puits-des-Bois. — Oui, je l’ai subie comme vous, l’émotion imprévue de cette rencontre… Mais laissez le calme descendre dans votre âme. Vous avez besoin de tout votre sang-froid, pour ne pas vous trahir, pendant cette cérémonie de l’investiture, où, cette fois, vous ne jouez pas le premier rôle. Songez aux trois agenouillemens, aux neuf prosternations ; vous n’êtes guère accoutumé à vous y soumettre.
L’Empereur. — Mais j’en connais les nuances mieux que personne, moi qui suis condamné à voir toujours l’homme prosterné à mes pieds, et battant le sol du front…
(Des officiers, des gardes, des hérauts d’armes, commencent à s’agiter, au fond de la scène, et à se ranger en haie. On déploie les bannières. Les chefs crient des ordres.)
Puits-des-Bois. — Rentrons ! Il est temps, puisque vous voulez repasser votre discours… Surtout, Sire, n’y changez rien ; je crains tant que vous vous trahissiez par quelques paroles imprudentes.
L’Empereur. — Je le trouve trop banal, ce discours… depuis que je l’ai vue, Elle !… J’en improviserai un autre…
Puits-des-Bois. — Oh ! non, je vous en supplie ! Vous pourriez vous troubler, rester court, ou plutôt vous laisser entraîner plus qu’il ne serait raisonnable…
L’Empereur. — Tu me prépareras une pipe d’opium, alors tout sera clair et facile pour mon esprit.
Puits-des-Bois. — Oh ! vous aviez promis de renoncer à ce poison ! Vous savez pourtant qu’il a été le grand destructeur de vos énergies et de votre volonté ! L’exaltation qu’il vous communique, vous savez bien de quel accablement il faut la payer après !
L’Empereur. — Viens, viens ! Une bouffée seulement. Je te jure que ce sera la dernière.
(Ils s’éloignent. Des appels de trompettes, des cris de commandement, tandis que le rideau se ferme.)
FIN DU PREMIER TABLEAU