‹ La Fille du CielChapitre 8 sur 52 · Scène VIII

Scène VIII

LES MÊMES. LE PETIT EMPEREUR DE NANG-KING, un enfant de sept à huit ans, qui entre en jouant au volant avec ses mains, ses pieds, ses coudes, en de très gracieux gestes. Des femmes le suivent. Deux serviteurs restent au fond.

1 Femme, qui veut reprendre le volant. — Sire, prenez garde de trop vous échauffer.

L’Enfant. — Non, non, donne ! Je veux jouer encore !

2 Femme, s’approchant respectueusement de l’Empereur tartare. — Seigneur, il n’est pas convenable de demeurer en la présence de Sa Majesté, notre jeune empereur.

L’Empereur. — C’est lui !… (Le volant du petit Empereur de Nang-King vient tomber sur les genoux du grand Empereur, qui le prend entre ses doigts.)

L’Enfant, à la 2 femme. — Laisse-le assis là, je le veux. Tu vois bien qu’il est malade ! (À l’Empereur.) Pourquoi es-tu si pâle ? Tu t’es fait mal ?

L’Empereur. — Non… Sire… C’est une émotion qui m’a fait pâlir.

L’Enfant. — Laquelle ?

L’Empereur. — Celle de vous voir, peut-être.

L’Enfant. — C’est pour rire… Trouves-tu que je joue bien au volant ?

L’Empereur. — Avec une grâce infinie.

L’Enfant. — Tout à l’heure, pendant la cérémonie, il va falloir se tenir bien tranquille ; alors je me remue beaucoup, pour avoir de la patience après… Tu comprends ?

L’Empereur, lui tendant le volant. — Voulez-vous continuer le jeu ?

L’Enfant. — Non, garde-le. Tu le donneras, de ma part, à ton fils.

L’Empereur. — Je n’ai pas de fils.

L’Enfant. — Oh ! que c’est triste ! Eh bien ! garde-le tout de même, en souvenir d’un enfant qui, lui, n’a plus de père…

L’Empereur. — Merci ! (Détachant un bijou de sa ceinture.) Prenez, en échange, ce bijou, en mémoire d’un homme dont le plus grand désir serait de vous avoir pour fils…

L’Enfant. — Oh ! merci !…

1 Femme. — Venez, Sire, il est temps.

L’Enfant. — C’est un petit dragon, un dragon impérial, je le connais va !… Mais comment l’avais-tu sur toi ? Tu n’as pas le droit de le porter ?… Sois tranquille, je ne dirai rien. Au revoir !…

L’Empereur. — Au revoir !…

(L’enfant s’en va en courant, suivi des femmes. L’Empereur remonte un poil, pour le voir plus longtemps.)

Page 1