‹ La fille du pirateChapitre 101 sur 115 · V

V

Comme des éclairs dans une nuit obscure, les réminiscences du préjugé luirent tout à coup à l'esprit; d'Angèle.

Pauvre chère enfant, un mystère enveloppait sa naissance dans des plis ténébreux: elle ne connaissait ni père ni mère légitimés par la loi. Et cette même loi au front de la jeune fille gravait en lettres de feu le stigmate:

BÂTARDE!

Qu'importaient alors sa beauté, ses agréments physiques! que faisaient alors ses vertus, son éducation, ses rares qualités intellectuelles!

C'est-à-dire que le monde la rejetait de son sein; que son amant, à cet aveu, allait fuir épouvanté, et qu'il lui faudrait à elle inhumer la honte de ses parents dans un couvent, où même elle ne serait peut-être pas entièrement à l'abri des préventions du vulgaire!

Mon Dieu! pourquoi donc nous avez-vous inoculé le virus de l'affliction dès notre origine? Serait-ce parce que, de même que toute douleur physique est un pas vers la mort, toute douleur morale est un pas vers la vertu? ou serait-ce parce que l'humanité est éternellement destinée à souffrir dans sa lutte entre le cylindre du passé et le cylindre de l'avenir?

Effroyable problème!