TROISIÈME PARTIE - I
ANGÈLE ET ALPHONSE
Alphonse Maigret naquit à Québec, dans une honnête famille d'artisans. De bonne heure il manifesta un goût prononcé pour l'étude et une rectitude d'esprit qui faisait l'admiration de ceux qui le connaissaient. Alphonse avait à peine atteint sa sixième année, quand il trouva par hasard, un portefeuille contenant des valeurs en effets de banque, pour une somme considérable. Le nom du propriétaire était gravé sur la couverture. Sans rentrer à la maison paternelle et sans consulter personne, le jeune enfant se rendit au domicile de celui qui avait perdu le précieux objet, et le lui remit entre les mains. C'était M. Huot, un des principaux, notaires de la ville.
--Cher petit, dit-il à Alphonse en l'embrassant, tu me sauves la vie. Ce portefeuille renferme des papiers de la plus haute importance; je le dois une reconnaissance éternelle; demande-moi ce que tu voudras et tu l'obtiendras.
--Merci, monsieur, répondit-il simplement; j'ai fait mon devoir, je ne mérite rien.
Surpris de cette réplique, qui annonçait à la fois une intelligence précoce et une probité rare, le notaire questionna l'enfant sur ses parents, et le congédia après une heure de conversation en lui promettant de s'occuper de son sort.