‹ La fille du pirateChapitre 38 sur 115 · II

II

M. Huot était un homme bon et vertueux, il aimait à obliger ses semblables; aussi tint-il parole. S'étant assuré que le père d'Alphonse jouissait de l'estime publique, il prit ce dernier à sa charge et l'envoya au collège. L'adolescent réalisa toutes les espérances qu'avait fait concevoir l'enfant. Ses progrès furent rapides, et chaque année il enleva une moisson de lauriers. Mais à l'inverse de la plupart des écoliers que les succès bouffissent d'un sot orgueil, Alphonse ne se laissa point enivrer par les louanges dont chacun se plaisait à l'accabler. La solidité de son jugement, la droiture de son imagination ne se démentirent jamais. Pour ses condisciples, il fut toujours un compagnon aimable, serviable, généreux; pour ses maîtres, il fut un élève laborieux, perspicace doux et docile; pour son protecteur, il fut un garçon plein de nobles qualités, et pour ses parents un fils excellent d'une humeur égale et d'une exquise délicatesse de caractère.

Grâce à ses dispositions naturelles, Alphonse s'était donc concilié l'amour de tout le monde lorsque le notaire vint à décéder.

A cette époque le jeune homme avait dix-huit ans. Il travaillait à se faire recevoir avocat. La mort soudaine de celui qui l'avait poussé dans la carrière de la science, l'affecta douloureusement; cette mort lui arrachait un guide sûr et un ami éclairé; cependant, quoique sans ressources pécuniaires, il poursuivit vaillamment ses études. Afin de subvenir à ses besoins, il fit des traductions pour les marchands, copia des dossiers pour les jurisconsultes et, donna des leçons de français et d'anglais, car il possédait également ces deux langues. Mais un nouveau malheur ne tarda pas à l'assaillir. Son père, charpentier de profession, se tua en tombant d'un échafaud. Alphonse restait seul pour soutenir une vieille mère infirme et plusieurs frères et soeurs en bas âge.

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